lundi 30 mai 2011

Et si ce Jeudi, vous tentiez une Ascension ?

Bon,

Je joue à Nethack. Depuis...fouyaya. Longtemps.

Je vais pas vous expliquer ce qu'est Nethack. Long story short, c'est un jeu vidéo. Il est dur.

Pour vous donner un avant-goût de la difficulté Nethack, c'est que si vous mourrez, vous ne pouvez pas reprendre une sauvegarde. Vous pouvez sauvegarder, mais uniquement pour vous permettre de "souffler". Il faut au moins 10 - 20 heures pour finir le jeu.

En fait, peu de gens gagnent à ce jeu. L'un des meilleurs joueurs du monde ne gagne qu'une partie sur deux dans ses meilleurs jours. Si peu de gens gagnent que quand vous terminez ce jeu, vous faites une déclaration (de bonne foi) sur un newsgroup spécialisé.

Nethack est une institution, une sorte de Tétris peu accessible, les échecs de l'ère numérique.
Tout comme dans le monde des échecs, quand vous commencez à avoir un bon niveau,
vous jouez en partie enregistrée (diffusées en temps réel).

Il est austère, sans pitié, subtil. Il réclame un investissement interne et externe (il faut lire beaucoup de documentation ou étudier des parties pour progresser).
Joueur occasionnel, passe ton chemin.

Il y a des fous furieux néanmoins qui, trouvant le jeu trop facile, se fixent des challenges.
Gagner sans manger, sans frapper nul ennemi...

Voilà le post d'un curieux bonhomme ayant optimisé son score au point près. Un point de plus, et le compteur était dépassé. Le niveau de maîtrise pour atteindre ce type de performance est difficilement imaginable.

Dans mes meilleurs jours...mmm...j'ai fait 10% du jeu. Avant de jurer mille fois que l'on ne m'y reprendrait plus.

Bon et le rapport avec le jeudi de l'ascension ? Bon, en fait le héros de Nethack doit aller aux tréfonds des enfers pour récupérer un objet spécial et ensuite remonter jusqu'aux cieux pour accéder ainsi à l'immortalité des Dieux. Ce trajet, représentant le jeu, est appelé Ascension.

Et si vous tentiez votre première Ascension ce Jeudi ?

dimanche 29 mai 2011

J'avais rien à faire dimanche

Bon, voilà, j'ai envoyé ce mail à la direction marketing d'Afflelou. Je trouve cela cool s'ils retiennent l'idée.


Bonjour Monsieur XXX,

Je vous écris pour vous faire part d'un axe de développement marketing non encore
exploité par les grands fabriquants de montures de lunettes et qui me semble
tout à fait exploitable.

L'idée consiste à éditer une gamme de montures génériques utilisées ou popularisées
par les héros des blockbusters de jeux vidéos.

Voici deux exemples concrets :


Ce personnage est Gordon Freeman, héros silencieux de la Franchise Half Life.

L'ensemble de la franchise Half Life a été vendue à plus de 12 millions d'exemplaires
à travers le monde (sans compter le contenu additionnel, produits dérivés et la 
propagation par le piratage).

Ainsi, ce modèle de monture anonyme jouit déjà d'une immense visibilité.
Vous savez par ailleurs mieux que moi que la typologie des joueurs de ce jeu vidéo
présente des aspects d'un marché prometteur :
- concernés par le problème des lunettes (personnes souvent devant un écran)
- peu sensibles au marketing télévisuel classique
- sensibles à l'identification auprès d'une icône qui leur est sympathique

Voici, pour un modèle féminin par exemple, ce que porte Bayonetta, l'héroïne
du jeu éponyme :


Aussi baroque que puisse paraître ce jeu et le look de cette héroine, elle a manifestement
influencé la mode, puisque voilà ce que l'on peut voir dans la vitrine d'une grande boutique
de design à Arts et Métiers :

bayonetta-arts-et-metiers.jpg

Ce type de projet retient-il votre attention ?

Je me propose si vous le souhaitez de recenser les personnages disposant ainsi de montures
en y adjoignant la typologie des joueurs, le nombre de ventes associées ainsi que quelques
remarques complémentaires.

Pour la question des droits, elle peut sembler problématique. Toutefois, par exemple, 
Gordon Freeman cité plus haut est un plagiat d'un personnage d'un film (Zane Zaminski 
de The Arrival), ainsi si Valve défendrait logiquement ses droits sur l'exploitation de l'image
du personnage, ils seraient plus à l'aise, étant donné la faiblesse du dossier, de tirer profit 
d'une action marketing plutôt que de le défendre devant la justice.

En espérant avoir retenu votre attention,

Bien cordialement,

FibreTigre

Ponctuel comme une horloge

Hey.


J'habite depuis 15 ans loin de mes parents. Il est convenu que je les appelle une fois par semaine.


Afin que mon appel soit optimalement rassurant, outre le fait que je passe sous silence les passages difficiles de ma vie, j'appelle le même jour à exactement la même minute près.


Samedi dernier, je ne vous dis pas les circonstances qui vous choqueraient, mais j'ai oublié d'appeler mes parents.


Dans l'angoisse la plus trouble j'ai rappelé ce matin. Mes parents m'ont dit : "On a cru un moment que notre cher robot était devenu humain. Mais après réflexion, nous avons compris que comme c'était la fête des mères, tu as optimisé ton appel en fusionnant tes deux appels, celui d'hier et celui de ce matin." 


J'ai compris que j'avais eu tort d'appeler chaque jour à la même heure, la même minute. 


J'ai donc créé ce matin une fonction Random qui me permet de choisir chaque semaine un jour et une heure au hasard de façon à appeler mes parents de façon aléatoire. C'est ça, l'esprit pratique.

mercredi 11 mai 2011

Les mangas rendent inculte

Ces cartels des rayonnages mangas viennent de la Fnac Châtelet les Halles.


Édifiant.










Un voyage sur la lune ? One Fucking Euro.

 (histoire rédigée en 5 minutes dans le cadre d'une demande d'un étudiant d'un scénario basé sur Groupon)


C'est l'histoire d'un club très select réservé aux radins : le Radin's.

Situé Place Vendôme, dans des intérieurs capitonés de rouge, des fauteuils Voltaires matelassés de cuir jouxtent des bars cosy et des bibliothèques anciennes. Sur place les adhérents peuvent, à vie, acheter tout ce qu'ils veulent pour 1 €. Une Guitare electrique ? 1 €. Une multipla ? 1 €. Un week-end sur la lune ? one fucking euro.

Mais y entrer n'est pas réservé à toutes les bourses, seuls les plus braves et les plus imaginatifs peuvent y avoir accès.

Après avoir rivalisé d'astuce dans des QCM retors sur les bons de réduction, les stratégies d'échanges et trouvé des codes secrets dans des 60 millions de consommateurs maudits, 3 hommes d'exception sont sélectionnés. Trois amis, décidés à vivre la belle vie : Jojo, Sojo et Mojo.

Le président du Radin's, un viel homme avec une veste motif pieds de poule rapiécée aux coudes, avance sur le parquet, glissant sur des patins. Il explique la dernière épreuve, susceptible de départager les amis. Il s'agirait d'inventer une technique inédite qui bouleverserait le monde des radins. Une sorte de rêve du bon plan devenu réalité.

Jojo avait prévu le coup. Il avait un plan magique pour prendre le train gratuitement. Il avait acheté une valise très grande et tout simplement au début du trajet se mettait dans la valise. Hélas, cette valise fort encombrante fut déplacée pendant le trajet par des passagers voulant loger les leurs. Ayant trouvé cette valise au milieu de nulle part sur un quai, on convoqua la brigade de déminage qui, après avoir bloqué sous les huées protestatrices des usagers 3 heures la gare de Marseille St Charles, fit exploser la valise. Bien entendu, on entendit plus parler de Jojo.

Sojo, plus fin, avait une idée pour avoir du papier toilette gratuitement à vie avec une technique presque légale. Il suffisait simplement de l'emprunter à son entreprise. Cependant, ce n'était pas pousser le concept assez loin, ce n'était tout simplement pas digne du Radin's. Il décida de faire ses besoins uniquement à l'entreprise, économisant ainsi le papier ET l'eau. Malheureusement, ne pouvant déféquer autant que besoin et notamment la nuit, il contracta après une soirée un peu excessive dans un restaurant mexicain une occlusion intestinale qui le foudroya.

Mojo se demanda comment avoir de la nourriture à vie. Il créa donc des utilisateurs factices groupon sur Internet et se fit livrer une commande géante de 60 tonnes de légumes. Hélas, ooshop vint le livrer de nuit en déversant les 60 tonnes de navets et de choux fleurs par les fenêtres et la cheminée. Mojo, Bad Mojo, finit en purée de légumes comme un brocoli sanglant.

Telle est la dure loi du monde impitoyable des bons plans. A trop vouloir économiser, on y laisse parfois SA VIE.

Des murs invisibles vous bloquent. Vous n'êtes peut-être pas là où vous pensiez être.

Mon nom ne vous dirait pas grand-chose, et je viens de toute façon d'un monde où l'on se définit par ses actes.
Je crois être sur le point de mettre ma vie en grand danger et à ce titre je vous rédige de quoi éventuellement poursuivre ce que j'ai entrepris ces derniers jours.

Pour me présenter, je vais vous donner des éléments que vous n'allez pas immédiatement comprendre, ou à tout le moins estimer sérieux ; ainsi je ne vous demande pas de comprendre et d'anticiper ainsi le fil logique de mon récit mais d'admettre.

Je suis un ancien personnage de jeu vidéo ; il est peu probable que vous me connaissiez, même s'il s'agit de votre hobby d’élection. Je pilotais un vaisseau dans un jeu nommé Phalanx, un shoot'em up de la grande époque tout à fait banal si ce n'est pour la couverture décalée de son emballage destiné à la commercialisation et la distribution. J'en ai un peu honte car je garde une certaine fierté de ma mission alors je n'en parlerais pas, sachez simplement qu'elle est suffisamment décalée pour que je me retrouve régulièrement dans des classements cocasses et avoir un certain prix sur le marché de la spéculation de collection. Quelque soit l'as du marketing un peu fou pour avoir eu cette idée, je l'ignore mais je le bénis : il m'a extrait de la masse oubliée des pilotes de shoot'em up, qui geignent au fond des bistros de province comme autant de biographies de soldats des guerres passées pourrissent non lu sur les étagères, et m'a accordé un certain statut.

Effectivement, arrive un temps où l'on prend sa retraite. Après avoir encore et encore vécu les déclinaisons de la mort et de la victoire sur le rail d'une vie monotone, on perd consistance, on devient éthéré, et un jour vient où la société vient s'occuper de vous. Vous percevez un pourcentage négocié sur le chiffre d'affaire généré par votre production (en général 1% à 2% - une allocation forfaitaire est décidée pour les jeux gratuits), enfin, tout du moins si vous êtes un avatar du joueur plus de 80% du temps. Mes malheureux adversaires ou alliés, figurants obscurs du théâtre de l'action vidéoludique, ont une rente minuscule qu'ils doivent combler par un travail harassant et pas vraiment folichon.

Les héros comme moi peuvent enfin se la couler douce, mais comme j'étais en forme, j'ai postulé à une fonction de police de proximité. J'ai un bureau minuscule, une paie pas plus grande, j'ai pas vraiment le droit de parler à mes collègues (ma nature n'est pas secrète, mais c'est pénible d'expliquer des heures la même chose), mais j'ai le sens du devoir et une mission très sympathique : on m'a alloué un quartier, le 5ème arrondissement de Paris, l'un des plus beaux soit-dit en passant, et je dois faire une tournée quotidienne des anciens personnages de jeux vidéo qui ont également choisi de vivre ici. J'aime bien ce métier un peu bonhomme, protecteur, où il faut s'assurer que tout aille bien sans tuer ni blesser, marchant paisiblement à l'ombre de palais séculaires plutôt que coincé dans une cabine de métal surchauffée de moteurs vrombissants et de lasers éblouissants.

C'est moins un job de flic que de médecin, en fait. Pas mal de types ici souffrent du syndrome de la guerre du Vietnam. Vous prenez un type normal, de bonne volonté, vous lui demander de tuer en masse non stop pendant des années (fut-ce d'innomables aliens dévoués à la destruction de la race humaine) et puis un jour, on vous dit, allez, repos, prenez une tisane et regardez la télé, ce soir y a questions pour un champion. Pas mal de gens tout à fait solides deviennent cinglés en quelques jours. Tous les deux jours, je vois une célébrité, vous devez la connaître, Lara Croft. Elle a un espèce de loft luxueux rue Rollin, une piaule incroyable. Au fil des itérations de ses aventures, ses avatars ont consécutivement pris leur retraite, moi je crois que c'est celle du 2, il paraît que c'est l'un des meilleurs. Mais là c'est la déchéance. Elle est devenue alcoolique. A chaque fois que je vais la voir, c'est la roulette : soit elle me balance des trucs à la tête en me vomissant des injures ordurières, soit elle tente de me séduire. En fait, c'est mon plus gros problème : les voisins portent régulièrement plainte à cause de ses sanglots hurlés ou de ses divers actes de vandalisme, et forcément, c'est moi qui m'y colle.

On s'est un peu liés elle et moi, comme une fille handicapée et son infirmier. Je lui ai proposé un jour un petit trek aventure, en Indonésie ou autre, histoire de retrouver les bons moments d'antan. Elle s'est comme figée, et j'ai vu un instant dans ses yeux la flamme qui devait l'habiter autrefois, j'ai même vu ses muscles se bander, en fait, dans un instant magique, je l'ai vu elle, l'aventurière invincible, dans son aura divine. Et un instant après, elle s'est éteinte à nouveau et m'a dit non, elle en a même pleuré, d'une tristesse résignée.

C'est le paradoxe de nous autres, retraités de l'aventure. Ca nous manque, mais, ce n'est plus vraiment notre histoire. C'est étrange, pensais-je alors. Comment peut-on changer autant ?

Je m'occupe d'un autre type, Georges Stobbard, ou Stobbart, peu importe. Un américain d'un jeu point'nclick de la grande époque, donc pas vraiment friqué mais jouissant d'une bonne notoriété. Il a débarqué ici il y a quelques jours, complètement déboussolé. Il a choisi Paris pour raisons de coeur je crois. Il pourrait se payer plus, mais il s'est pris un petit studio rue du pot de fer. Il est en période de transition, et ne sait pas trop comment gérer son statut. Il passe sa journée à lire et à regarder mélancoliquement par la fenêtre. Je lui ai installé internet, mais ca ne lui dit rien. Je suis assez inquiet car s'il se jette par la fenêtre, ca va être pour ma pomme. En ce moment, le soir, je joue à son jeu pour mieux cerner sa personnalité.

L'un dans l'autre, on a tous de la chance, je veux dire, on tient la route, on a eu une belle vie. On n'est pas trop buggés. Les aléas, économiques notamment, poussent parfois certains éditeurs à vite vite vite sortir un jeu, et résultat, une ligne de code de travers, un artefact mal testé, et on se traîne un handicap à vie. Parfois, assis sur le banc du square Paul Langevin, je regarde les enfants jouer et je me demande si Dieu n'a pas été un jour lui aussi un éditeur de jeu pressé, et malgré l'amour qu'il a mis dans la réalisation de l'univers et de l'humanité, il n'a pas, pour des raisons économiques, laisser passer ces petites imperfections étranges : appendice, schizophrénie, injustice, cancer...j'espère en tout cas qu'il a réussi avec tout ca à gagner suffisamment d'argent et être en train actuellement de concevoir un jeu encore meilleur.

Il s'est passé un truc étrange l'autre jour. Un type est tombé raide mort. Il vivait dans une mansarde rue Serpente. Bob Sprite, je crois, inconnu en ce qui me concerne, mais vu son âge, ca devait être un de ses mecs des jeux des années 80's, où tout était possible. Par exemple tomber raide mort et game over. Les pompiers avaient appelé la police, qui m'avait délégué, forcément, mais il y avait pas grand chose à faire. Dans le monde des atomes et des chromosomes, tout se transforme, rien n'est figé dans le monolithisme numérique de nos identités passées.

Alors que les gens se dispersaient, il y a un bonhomme qui est resté sur les lieux. Impossible de le louper, ce type : loden noir col relevé, costume noir, parapluie noir, fedora noir, et, cerise du weirdo sur le gâteau du sinistre, un voile noir piqué sur son chapeau masquant son visage. Il n'y a pas de "truc" pour sentir si un type que vous croisez est lui aussi un ancien du jeu vidéo. Mais je sentais au travers du voile le poids de son regard. Il s'approcha à longues enjambées, la pointe en argent massif de son parapluie claquant sur le sol. Il me déclara :

- "Je sais pourquoi cet homme est mort."
- "J'espère que vous allez pas me dire que c'est vous", que je lui ai répondu.

Oui, il y avait des personnalités particulières du monde du jeu, assassins, tueurs, dérangés. Mais en général le passage dans la vie réelle atténuait leur personnalité, les rendaient mous et désespérés. Il n'y avait pas, à ma connaissance, et - cette pensée était angoissante - jusqu'à présent, de cas recensés de meurtres issus d'anciens héros de jeu vidéo.

- "Bob Sprite ", poursuivit l'homme en noir, "a, sur mon invitation, et par défi, tenté d'aller au bout de cette rue. "

Il indiqua longuement, et dans un silence qu'il croyait peut-être significatif, le bout de la rue. Je remontais ma ceinture au dessus de mon petit ventre de retraité pour garder ma contenance.

- "Va falloir être plus clair, monsieur. "
- "Question : qu'il y a t-il au bout de la rue ?"
- "Une autre rue."
- "Intéressant. Un autre arrondissement, en fait. Si vous y alliez ?"

Je tendis le regard vers le bout de la rue. Elle ondulait dans une dernière chicane, et dans le soir tombant, quelques voitures passaient régulièrement. Les ombres des immeubles projetaient des entrelacs d'ombres réguliers. Un instant je considérais le fait d'aller voir, mais je me ravisais.

- "Perte de temps. Bonne soirée Monsieur. "

Il serra soudainement de sa main gantée de noir mon bras - c'était presque douloureux, mais nul objet de violence, plutôt de désespoir.

-"Vous n'avez pas envie d'aller au bout de cette rue. Pourquoi ? Vous êtes à Paris. Etes vous déjà allé voir la Tour Eiffel ? Avez-vous déjà mis un pied hors de votre quartier ? Je sais que non. Et pourquoi ? Parce que vous n'en avez pas envie. "

Il me lâcha et commençait à m'embarrasser. Je considérais l'idée, pour la première fois de ma carrière, de ramener un type au poste. Il poursuivit, tournant autour de moi comme un Zébulon glauque.

- "Admettons que je vous blesse suffisamment dans votre fierté pour surmonter ce non-désir d'aller plus loin. Vous allez faire un pas dans cette direction, et la peur va étreindre votre coeur. Admettons que vous surmontiez cette peur. Que se passera-t-il ? Que se passera-t-il ?"

Il pointait de son parapluie l'endroit où gisait il y a quelques minutes le corps sans vie de Bob Sprite.

- "Bob Sprite le sait maintenant."

Je regardais avec défi le bout de la rue, et avec colère mon obscur interlocuteur. Je fis un pas dans la rue, et une profonde lassitude pénétra mon coeur. J'étais à la fois dans la torpeur cotoneuse et rassurante de savoir que je n'irais pas plus loin, et dans le sentiment diffus d'une impuissance que j'arrivais mal à cerner.
L'homme en noir s'approchait. Je pus presque, me semble-t-il, alors qu'il approchait son visage du mien, distinguer au travers de la fabrique du voile quelques traits de son visage. Il murmura :

-"Nous sommes cernés de murs invisibles. Cela ne peut signifier qu'une chose. " Et, encore plus bas, si bas que je crus qu'il s'agit alors d'une pensée contenue dans un souffle : "Ceci n'est pas la réalité. Nous sommes dans un autre jeu. "

Il reprit sa stature haute, appuyé dignement sur son parapluie, très aristocrate.

" Un jeu dont l'objectif est d'en décrypter les règles. Dans notre petite prison, nous ne manquerons pas de nous croiser à nouveau."

Je passais les jours suivants à m'abstraire dans le travail. Je lisais et mettais au point des rapports que jamais je n'aurais daigné regarder, juste pour ne pas penser. Mais bien évidemment, j'y pensais. Tout s'expliquait. Lara qui ne voulait pas retourner à l'aventure, ne fut-ce que pour un voyage exotique. Le feu dans notre coeur à tous qui s'éteignait à chaque perspective d'action.

Je ne pouvais accepter l'idée que je sois, que nous soyons, ainsi prisonniers de rails comme nous l'étions autrefois dans les jeux. Je philosophais en pensant que tout homme est prisonnier de sa vision mesquine du monde, de ses capacités intellectuelles à le comprendre. De ses émotions, parfois, ou des concepts étranges de l'honneur et de la loyauté, de la jalousie ou de la cupidité.

Ces déficiences en capacité de liberté étaient aussi les "murs invisibles" que le créateur du jeu qu'est la vie avait instauré chez les hommes pour qu'ils puissent suivre
le cheminement ludique ainsi scénarisé. Pour les hommes aussi la vie était ce jeu dont l'objectif était d'en décrypter les règles.

Je pensais à cela mélancoliquement, appuyé sur le mur rue Serpente, observant le commun du monde aller et venir d'un arrondissement à l'autre.

Mais moi, je n'accepte pas cette idée. Tout comme les hommes savent dompter leur jalousie ou leur cupidité, ou travailler laborieusement pour développer leur génie et repousser les limites des murs invisibles du savoir, moi je ne me laisserais pas enfermer !

Demain à l'aube j'irai rue Serpente, tout au bout. Je repousserai le mur invisible. Et je serai véritablement libre.

Les top-models ne sont pas très hot dog

Bonjour.

Bonjour, je suis assez fatigué.

OK. Je travaille non loin de l'Agence Elite. C'est une agence de "top models". En gros, ce sont des femmes qui ont un physique bizarre destinées à porter des vêtements bizarres.

Tout comme le darwinisme, certains de ces vêtements vont survivre à la sélection naturelle et seront portés par des femmes au physique normal.

Dans les années 90, c'est très mode d'être top model ou star du porno. Je comprends ce type d'ambition. En tant que top model vous êtes payé à porter des vêtements. Or, tout le monde doit porter des vêtements. Donc cela revient à être payé à ne rien faire. Personnellement, j'aimerais bien vivre tout nu à terme. Donc ce métier n'est pas trop pour moi.

Travailler à coté de l'Agence Elite a 2 impacts pour moi :

1) Je reçois des courriers de fans du monde entier, par erreur. Des types assez moches qui m'envoient leur photo en disant qu'ils ne pensent qu'à moi (enfin, au top model en question, si possible avec un nom compliqué) tout le temps. Personnellement j'ai beaucoup d'admiration pour eux parce que j'aurais du mal à penser qu'à une seule personne lointaine que j'ai jamais rencontré. J'ai du mal par exemple à penser à Dieu et pourtant, mec, il a créé l'univers. J'étais vraiment triste pour tous ces types et je leur ai fait des réponses très amicales : "Cher Steve. J'apprends avec plaisir que vous vous masturbez quotidiennement en pensant à moi. Comme demandé veuillez trouver ci-jointe la dédicace demandée. Amitiés, en vous souhaitant un bon soleil sous le ciel clément de Pittsburgh."

2) Quand je vais acheter un hot-dog au croc-o-pain, il y a toutes ces femmes immenses autour de moi. C'est très régressif, j'ai l'impression d'être de nouveau en école primaire. Je me mets sur la pointe des pieds pour mettre la monnaie sur le comptoir, alors que le mec du croc-o-pain est plus petit que moi.

Les top models ne sont pas très hot-dog. Donc il en reste toujours pour moi.

mardi 10 mai 2011

Les calendriers du futur seront basés sur mes cravates

J'ai de l'admiration pour les personnes qui ont du goût. 

C'est paradoxal, car en général, quand on a "bon goût" on apprécie les gens qui ont "bon goût". Moi, je n'ai pas de goût. Je n'ai aucun sens de l'esthétique. Alors forcément, d'un point de vue statistique, j'ai de temps en temps bon goût.

Je suis étonné par ces personnes qui hurlent d'horreur devant une cravate jaune mais une cravate bleue, oulala, rien à voir, ca passe. Quelle est la différence entre le jaune et le bleu ? Bon, les couches de valence des électrons des atomes de la texture qui forme la pigmentation, l'histoire personnelle et les référents, peut-être une question psychologique. Mais pourquoi y-a-t-il consensus autour de certaines règles ?

Je me sens comme un Jésus chromatique, un Gandhi du pigment : j'aime toutes les couleurs de façon égale.

Dans l'incapacité de déterminer le bien du mal esthétique, j'ai développé un algorithme chemise-cravate.

Couleur cravate = couleur chemise
Si chemise rayée alors cravate unie ou à pois.
Si chemise unie alors cravate rayée.

J'ai 15 cravates et 15 chemises. Chaque semaine, je vais porter un lot de 5 au pressing (le samedi je bosse en T-shirt). Celles de la semaine. Et je vais chercher les 5 de la semaine dernière. C'est très organisé. Par exemple, si vous me donnez une date dans 5 ans, je pourrai vous dire (moyennant calculs) quelle chemise et quelle cravate je porterai ce jour là. 

Je me dis que si je meurs demain, des mathématiciens facétieux pourraient dire dans 8 ans, tiens FibreTigre aurait porté une cravate bleue à pois avec sa chemise rayée bleue aujourd'hui. En fait, peut-être les calendriers du futur seront basés sur les couleurs de mes cravates.

Devenir "Superplayer" au Cluedo

Bonjour,

C'est FibreTigre.

Je souhaitais vous permettre par ce petit guide de devenir un "super-player" du jeu de société Cluedo.

J'espère ainsi jouer contre vous un jour et développer de nouvelles stratégies plus subtiles.

Donc je suppose que vous savez déjà jouer au Cluedo "classique" ou sa version "super" sans règles additionnelles, et que vous maîtrisez bien les stratégies classiques pour noter les indices et faire des interrogatoires systématiques.

Le problème du Cluedo est qu'il s'agit d'un jeu où le hasard a une très grande part : d'une part avec les déplacements sous forme de lancés de dés et d'autre part c'est qu'en début de partie, si vous avancez "au hasard", et bien vous pouvez tomber rapidement juste ou au contraire piétiner sans indice.

La philosophie de la stratégie avancée du Cluedo est :

1) Vous ne jouez pas contre le jeu (c'est à dire : découvrir qui a tué le docteur Lenoir) mais contre les joueurs adverses (en freinant leur enquête)
2) Vous utilisez plus le travail des joueurs adverses que le vôtre pour arriver au résultat, ce qui est plus judicieux vu que vous pouvez avoir 6 adversaires contre vous, cela fait autant de "détectives" qui sous-traitent votre enquête.

Etre un super-player de Cluedo consiste à :

1) Résoudre le jeu en un nombre minimal de tours (1 ou 2 étant l'objectif à atteindre, c'est faisable !)
2) Plonger vos adversaires dans la plus grande confusion

Voilà donc les stratégies :

*Confusion*

La stratégie de la confusion consiste, dès le 1er tour, à formuler une hypothèse de crime avec des cartes que vous avez déjà dans votre main. Étant donné que vous avez les 3 cartes que vous appelez, personne autour de la table ne va répondre positivement. Et donc les joueurs en face de vous vont déduire soit que vous avez (coup de bol monstrueux) trouvé la bonne combinaison dès le départ, soit que vous avez une ou deux hypothèses déjà complètement bonnes. Donc ca va gratter sec sur les fiches d'enquête, tant mieux. Et ne vous inquiétez pas, ce tour n'est pas perdu pour vous.


*Bossez pour moi les mecs*

Forcément suite à votre bombe atomique les autres joueurs vont agir en fonction et tenter de valider votre hypothèse en incluant vos cartes. Ainsi il sera très facile de déterminer les cartes qu'ils n'auront pas. Tout votre travail va être de lire dans le jeu de vos adversaires.


*A l'autre bout du monde*

Au Cluedo, le truc le plus dur à trouver, ce sont les lieux, car il y en a beaucoup plus que de personnages ou d'objets. En plus, pour formuler une accusation dans un lieu, il faut s'y rendre. Pour freiner vos adversaires, il faut donc idéalement leur faire croire qu'un lieu très éloigné (par exemple l'écurie dans le super cluedo) est l'un des lieux clefs de l'enquête. Donc en formulant une accusation non contestée sur place. Dans tous les cas il faut sélectionner un lieu exempt de passages secrets (comme un lieu latéral par exemple).


*Les statistiques ne mentent pas*

En marge de votre fiche d'enquête et de votre travail de déduction, tenez un journal de statistiques des cartes appelées, de façon "bête et méchante". Très rapidement des "pics" de cartes appelées vont apparaître. Normalement cette stratégie n'est pas fiable dans un jeu classique car il y a des phénomènes de mode qui se créent de façon illusoire autour de lieux ou d'objets. Mais pas dans votre cas ! Car les erreurs de statistiques seront précisément celles que vous avez initiées lors de votre opération "Confusion".
En corrélant ce journal de statistiques et vos déductions suite à l'opération "Confusion" vous devriez très rapidement avoir une idée claire des circonstances du meurtre.


*En exil*

Lorsque vous formulez une accusation, "l'accusé" se téléporte dans la pièce où vous êtes pour contredire l'accusation. Vous voyez la puissance de l'outil ? Imaginez que des petits malins s'approchent de la solution ou même ne filent pas droit vers les lieux isolés que vous leur avez préparés. Bam ! vous les accusez et ils se retrouvent à l'autre bout de là où ils voulaient aller.
Vos cibles privilégiées seront bien entendu ceux dont vous aurez les cartes dans les mains (afin de semer la confusion ou de valider des hypothèses d'objet ou de lieu) ou le coupable lui même.


*Roleplay*

Les autres joueurs ne savent pas que vous êtes un super-player prêt à démonter cette partie de Cluedo en 2 tours. Ils ne se doutent de rien, comme des agneaux confiants. Entretenez cette confiance, jouez roleplay ! Mettez une musique de noël (il y a des radios en ligne genre Accuradio), racontez l'histoire du cottage cosy où le bienveillant docteur Lenoir nous a accueilli pour une petite soirée...parlez avec un accent ou des manières, faites des plaisanteries de circonstance et vos joueurs s'intéresseront plus à l'histoire qu'à la résolution de l'enquête, sans forcément s'abstraire dans le travail de déduction. Hey, ce n'est pas de la triche.


*Les statistiques ne mentent pas, le retour*

Dans l'élaboration des statistiques, vous pouvez raffiner vos tableaux en faisant 3 listes : une liste complète et 2 listes séparant les joueurs "avertis" des joueurs novices. Effectivement les joueurs avertis appeleront de temps en temps des cartes en leur possession pour éliminer des possibilités tandis que les joueurs novices appeleront systèmatiquement des cartes qui ne sont pas en leur possession. Vos tableaux seront donc faciles à interpreter et d'autant plus utiles.


*100 euros et un mars*

Lorsque vous devez donner vos cartes, notamment une carte de votre choix (la case espion par exemple), donnez systèmatiquement la même carte et si possible un lieu (car il y en a beaucoup). Enfin, ne donnez pas de carte liée à la stratégie "Confusion" !


Bon, l'important étant de participer, vos adversaires vont se lasser si vous trouvez tout trop rapidement. Considérez la partie gagnée si vous avez obtenu le bon trio tout seul en 1 ou 2 tours mais ne formulez pas d'accusation immédiatement, voyez comment la partie se développe "sans vous" et évaluez le temps que vous avez conquis sur eux. Laissez d'autres gagner : des joueurs ou des amis, un bon moment passé ensemble, c'est précieux !

votre ami

FibreTigre

Mon ami le sac de la fille que je connais pas

Bonjour,

C'est FibreTigre.

J'ai régulièrement des hallucinations visuelles. Ce n'est pas grand-chose. Des ombres furtives qui apparaissent au coin du regard.

Quand je suis un peu plus fatigué, je vois même de belles choses. Un jour, un oiseau de pierre surplombant le rebord d'un ancien bâtiment faisant face au Louvre a pris vie : il a battu des ailes, puis s'est pétrifié à nouveau.

Parfois je perds la notion du temps : tout se compresse. Vous savez bien que nos rêves, parfois longs et peuplés d'aventures, sont le produits de quelques minutes intenses de sommeil paradoxal ? Souvent, je lève (difficilement, il est vrai), je vois : 6:00 sur le réveil. Je m'endors, j'ai le temps de franchir les eaux noires dans une barque précaire, sous les arches d'un grand pont d'acier. Beaucoup de difficultés et de craintes, et quand j'ouvre à nouveau les yeux : 6:05.

Là, pareil, mon cerveau se déconnecte le temps d'un seul pas, et je vois des couchers de soleil, des gens inconnus, des guerres, je ressens le vent et le ressac, des picotements et du sucré, des éblouissements et de la chaleur, et je repose le pas.

Je trouve cela plutôt cool en fait. Je veux dire, si on est sur le point de mourir et qu'ainsi le temps s'étende à l'infini par une astuce cérébrale. Si on lance une pierre vers un trou noir, nous ne la verrons jamais "plonger" car le temps relatif pour nous s'étirera à l'infini à mesure que la pierre s'approchera du trou noir. Ainsi, peut-être ne connaissons nous jamais la mort. On s'y approche, et notre perception de tout s'étend. J'espère qu'on y est heureux.

Ce matin, j'étais très fatigué. Il faut dire que je me suis masturbé.

La masturbation ne m'apporte aucun plaisir depuis longtemps. Je l'utilise en régulateur d'humeur. Comme destressant. Je ne prends pas tous ces trucs : du café, du thé. En plus comme la masturbation requiert un peu d'imagination, c'est un bon plan pour entretenir le cerveau. Cela me bouleverse un peu aussi, donc je n'en abuse pas trop. Ce serait un peu ridicule de tenir un calendrier avec marqué, par exemple : Jeudi : masturbation. Vendredi : rien. Samedi : rien. Dimanche : masturbation. (1 fois tous les 3 jours, c'est pas mal. Mais je suis un peu vieux maintenant.) Ce serait ridicule mais dans ma tête je l'ai.

Le problème c'est que ca me fatigue, ca fiche un petit coup au moral aussi. On tire le désir du néant, pour lui remettre la tête sous l'eau à coups de pieds.

Donc je suis dans la rue, bien fatigué et devant moi il y a une fille avec un sac à dos. La petite poche de devant, celle où on met les petits trucs par exemple les clefs, elle est ouverte et cela fait comme une petite bouche ouverte béante et idiote.

Et le sac se met à me parler.

Hé mec, ca va. Ca va. Dis moi que ca va. Comment ca va.

Genre, le sac bien seul on lui parle jamais, quoi. Alors quand je passe près de la fille, je lui réponds : Pas mal.

La fille me demande ce que je lui veux.

Je lui réponds que je parle à son sac.