samedi 24 septembre 2011

Une petite chose Oulipienne faite maison

Hello,

Pourriez vous lire le texte suivant en tentant d'en trouver la particularité formelle :

Pendant de longs mois depuis Janvier j'ai vécu des rêves violents, j'oeuvrais comme soldat dans une armée et je menais l'assaut. Toujours la même scène, seul le décor changeait : neige, désert, forêt...pas plus tard qu'hier, j'ai égorgé dans un crissement soyeux, avec une lame de rasoir, un prisonnier, je l'ai fait sans état d'âme ni joie, simplement parce qu'il le fallait.

Dans cette singulière séquence de violence, un en particulier se détache. Je sais que beaucoup d'entre vous passent des examens dans leur sommeil. Cela m'arrive parfois, des contrôles de physique ou de maths, toutefois je m'en tire bien. Cette fois-ci étrangement, il s'agissait d'un concours pour intégrer une agence de communication. L'objectif : réaliser une affiche pour un film qui s'intitulait 'Les naufragés du Wabara'. Je ne sais où mon cerveau a trouvé ce titre, (si l'on doute de la génération spontanée, voilà un bon exemple).

J'ai produit deux projets. Un premier très classique, façon île du crâne et King Kong des années 20. Le deuxième était un concept fantastique : en noir et blanc, j'avais tracé le schéma d'un éclaté de navire, toutes les pièces : vis, rondelles, boulons. En bas, comme sur un plan technique, il y avait en lettres bâtons le sujet du test. C'était une idée formidable, j'ignore si mon alter-ego onirique a intégré cette entreprise de publicité, mais moi, je l'aurais embauché !

Ce texte est (en plus d'être une histoire vraie) ce que j'ai appelé un singleton. Peut-être qu'il y a un chouette nom très scientifique pour le qualifier, mais hélas, je n'ai pas fait d'études littéraires.

Tous les noms communs, les adjectifs et les verbes de ce texte (hormis être et avoir quand utilisés comme auxiliaires) ne sont employés qu'une seule fois.

J'ai pu réaliser cela avec une extrême facilité au moyen du petit programme que vous trouverez en fin de cet article. Ce programme restitue par ordre alphabétique tous les mots et donne à coté le nombre de fois où ils ont été utilisés.

Bien entendu, comme dans La Disparition de Perec, plus le texte s'allonge, plus le challenge devient corsé, mais a moitié endormi que je suis, programme + texte + correction + cette note de blog, cela ne m'a pas pris plus de 30 minutes.

Cette idée vient à la base d'un projet que j'ai abandonné. Je voulais écrire un long texte en prose sur le voyage d'un homme vers celle qu'il aime, il commençait ainsi :

Pour ce voyage qui est celui d'une vie, je devais perdre mon nom, mes biens, mon identité, ce à quoi je m'appliquai toute une journée ; et le soir devant le miroir je tentais en vain d'arracher mon visage.

et j'avais pensé que m'astreindre à ne pas utiliser deux fois les mêmes termes lui aurait donné une forte valeur alambiquée et onirique. J'avais même prévu de terminer par cette infraction à la règle en disant :

Et pourtant il restait l'amour, l'amour. L'Amour ! 

Afin de faire un feu d'artifice d'anathème dans ce texte qui en était dépouillé.

J'espère que ce petit programme vous sera utile pour produire des textes amusants.

Le programme :


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$text_initial="(ici, votre texte)";
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while (isset($text[$i])) {
if ($text[$i]!="") {
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print $text[$i]." --> ".$nb."<br />";
}
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jeudi 22 septembre 2011

Le meilleur du XXIème siècle

Quand je perds mes repères, je me replonge dans Hunter X Hunter ; pour toucher un instant des yeux le génie.

dimanche 18 septembre 2011

Le Score, l'Argent, et le Last Lousy Point

Lors du printemps arabe, l'ancien dirigeant Moubarak a été disgracié et l'on a découvert qu'en gros (vous me pardonnerez cette approximation) il avait mis de coté 60 milliards de dollars.

Et là on parle de 60 milliards de cash, pas de la fortune en parts sociales des Bill Gates et autres patrons de Facebook / Google, (actions qui sont verrouillées dans leurs conditions de vente, d'ailleurs sont-ils si riches ? Si vous possédez 1 million en actions d'une société mais que vous décidez de tout vendre du jour au lendemain, forcément votre action va décroître en valeur, et vous n'obtiendrez pas votre million), donc 60 milliards, de l'argent stocké sur des palettes dans des hangars de style Ikea, de l'or un peu partout où il y a des banques...etc...


Moubarak, c'est 250 fois ce tas


On peut se poser la question. 20 millions OK. 20 millions, faut les dépenser, hein. Avec 20 millions, vous vous achetez un loft sur l'Ile St Louis avec vue sur Notre Dame de Paris et il vous reste 19 millions. Allez, 1 milliard. Pour le fun. Pour quand vous étiez petits et que vous vous disiez "oua, un jour j'aurais 1 milliard". Mais 60 MILLIARDS ? Pourquoi ?

Quand je ramène cela à mon cadre de vie, je me dis aussi que je parle pas souvent salaire et argent avec les autres. C'est très français, d'être assez secret sur son patrimoine, de chouiner ou de se vanter, d'espionner ceux des autres avec envie et inquiétude (Capital sur M6 ou Le Point "ces fortunes de France qui vous gouvernent..." et consorts).

Sinon le mois prochain ce sera sur
l'immobilier à Paris.

En fait, l'argent est un indicateur précis (car ce sont des nombres) de votre succès social. Oui, vous allez me dire "la richesse intérieure", bla bla bla et oui, je suis d'accord pour dire que j'échangerais pas ma capacité à lire l'anglais pour 100 000 euros, mais le fait est que la richesse intérieure comme vous dites est une notion assez relative, tandis que l'argent, lui, il est précis avec deux chiffres après la virgule.

Et comment avoir une meilleure notion d'être le gagnant promis par une société concurrentielle en ayant le plus d'argent possible, et bien sûr, bien plus que l'on peut en dépenser en toute une vie, et dans le cas de Moubarak, en cent vies ?

Dans les jeux, et les jeux vidéo par extension, on se pose la question de retenir l'intérêt du joueur. Cela s'est rapidement fait en donnant la notion de score. Quantifier la performance du joueur avec un nombre.

Il peut être :

- sans influence sur le jeu : par exemple à la belote, vous tenter de faire un maximum de points, mais cela n'influence pas votre façon de jouer. Il n'y aurait pas de score, il n'y aurait pas de gagnant, mais est-ce si important pour un jeu d'apéro ?

- sans influence sur le jeu, mais un objectif capital : par exemple la durée d'un sprint dans des championnats

- avec une influence sur le jeu : par exemple au scrabble, vous serez tentés de faire un mot court avec peu de lettres plutôt qu'un long mot s'il est bien placé. Sans le système de score du Scrabble, les joueurs joueraient de façon complètement différente.

- le sang même du jeu : au Monopoly, c'est par votre score (l'argent) que vous "achetez" des rues pour en retirer du "score". Vous remarquerez que le Monopoly, qui justement joue sur la confusion de la notion d'argent et de score, est immensément populaire.

Pour les fans uniquement.

Aux premiers temps des jeux électroniques, le score était une récompense facile à mettre en oeuvre techniquement pour gratifier le joueur de ses efforts. Si vous vous efforcez, dans Dragon Age, de séduire au moyen d'un labyrinthe de dialogues certains personnages, vous pourrez avoir une relation, sanctionnée par une petite séquence que ne renieraient pas les séries B de deuxième partie de soirée. Mais comment le faire, par exemple, sur un jeu à écrans de cristaux liquides ou sur un flipper ?

Oui, l'option Gay est aussi possible dans Dragon Age

Ensuite, le score garantit la rejouabilité du jeu. Il est un indicateur du fait que vous soyez meilleur à celui-ci, vous classant par rapport à vos pairs. La question du champion mondial de Pac-Man, par exemple, est l'objet d'une intrigue florentine.

Billy Mitchell, Champion de Pacman
(vue d'artiste)

Avec la sophistication des jeux vidéo, la notion de score a eu tendance à s'effacer.

Volons dans le temps et oublions les flippers, les lode runners et les choplifters pour arriver dans les années 1990.

L'un des jeux les plus influents (selon 1up http://www.1up.com/features/most-influential-games) est Monkey Island. Monkey Island est un jeu d'aventure créé par LucasArts qui veut se détacher de la masse des jeux vidéos. Il proposait dans les années 90 un jeu dans lequel "on ne peut pas mourir" (chose très novatrice à l'époque, puisque même dans Loom on pouvait mourir en forçant - bon, on peut mourir dans MI1, mais c'est une feature cachée) et "on a pas de score". Le jeu d'ailleurs se moque du score et de la finalité de gagner puisqu'à tout moment en faisant Ctrl + W (commande présente dans le manuel en guise de plaisanterie) vous pouvez gagner le jeu, et un message apparaît comme quoi nous avons "800 points sur 800" !

Vous n'avez jamais joué à MI1 ?
Vous êtes triste.

Cette mouvance de la négation du score pour se concentrer sur d'autres biais pour retenir l'attention du joueur part d'une bonne intention : celle d'innover. Elle se fait conjointement à l'apparition, dans le monde du Jeu de Rôle, de jeu sans dés ou aux règles ultra-simplifiées devenus très populaires, comme Vampire, où seuls comptaient les personnages et le scénario.

La bible pour serrer de la Goth

En 1995, Graham Nelson, mathématicien et poète récompensé pour ses travaux littéraires dans le cadre et hors du cadre de la création de jeux vidéo, donne son analyse, dans son texte fondateur "The Craft of Adventure", sur la question du score.

Ce texte est savoureux car il pose des questions qui aujourd'hui semblent d'un autre âge mais n'en ont pas moins une force extraordinaire.

La voici reproduite ci-dessous, avec mes commentaires.

Scoring


The traditional way to score an adventure game is to give a points score out of some large and pleasing number (say, 400) and a rank.  There are usually ten to fifteen ranks.  A genuine example (which shall remain nameless):


Beginner (0), Amateur Adventurer (40), Novice Adventurer (80), Junior Adventurer (160), Adventurer (240), Master (320), Wizard (360), Master Adventurer (400)

Note : ce système "antique" d'association de titres est typique de l'époque mais toujours en vigueur, par exemple, dans des jeux qui se veulent d'esprit old-school comme NetHack ou Fallout 3.

in which, although ranks correspond to round numbers, still they have perhaps been rigged to fit the game.  Another amusing touch is that ranks tend to be named for the player's profession in the game - so, a musician might begin as "Novice" and rise through "Second Violinist" to "Conductor".  One of the wittiest is in the detective game `Sherlock', where the lowest rank - of zero achievement - is "Chief Superintendent of Scotland Yard".

Cette suggestion est d'ailleurs utilisée dans mes deux exemples. Dans Nethack, le titre est donné en fonction de la classe du héros (par exemple Archipriest pour un prêtre), dans Fallout 3 en fonction de son "karma" avec trois titres possibles par niveau.

Among the questions to ask are: will every winner of the game necessarily score exactly 400 out of 400?  (This is very difficult to arrange if even small acts are scored.)  Will everyone entering the end game already have a score of 360, and so have earned the title "Wizard"?  Will the rank "Amateur" correspond exactly to having got out of the prologue and into the middle game?

Voilà quelque chose d'intéressant. Déjà, l'auteur à ce titre suppose qu'il soit possible que l'on ne finisse pas un jeu. En tant que créateur de jeu, voilà une pensée très d'époque. Aujourd'hui, c'est une chose peu envisageable, surtout quand un jeu qui parfois se termine en 6h est vendu 70 €...

Ensuite, l'auteur suppose une distribution linéaire du score tout au long de la partie afin que le score détermine le pourcentage de complétion du jeu. Ainsi, si vous avez 200 points sur 400, vous en êtes à la moitié.
Dans le cadre d'un jeu d'aventure, c'était peu ou prou ce qu'il se passait. Les Sierra On Line avec leurs multiples licences (par exemple King's Quest, Leisure Suit Larry...), réputés pour leur linéarité sont un bon exemple de cette époque.

So what deserves points?  Clearly solving the major puzzles does.  But do  the minor, only halfway-there-yet puzzles?  Here, as ever, games vary greatly.  In `Zork III', the scoring is out of 7 and corresponds to seven vital puzzles (though a score of 7 does not mean the game is over).  In `The Lurking Horror', 20 major puzzles are awarded 5 points each, making a maximum of 100.


Alternatively, there is the complicated approach.  Points are awarded in twos and threes for small acts, and then in larger doses for treasures - silver bars 5, gold amulets 10, platinum pendants 20.  Treasures are scored twice, once when found, once when removed to safety - to the trophy case in `Zork I', or inside the packing case of Level 9's game `Dungeon' (no relation to the port of `Zork' of the same name).  Furthermore, 1 point is awarded for each room visited for the first time, and 1 for never having saved the game - a particularly evil trick.

Points supplémentaires si vous ne sauvegardez pas. Intéressant...

In some games (such as `Acheton') score actually falls back when the player is wasting time and nothing is being achieved: the player's mana gradually fades.  This annoys some players intensely (no bad thing, some might say).

Voilà une idée très intéressante : du score négatif sanctionnant les erreurs ! Ce texte est une source d'inspiration à chaque lecture.

Games used to have a "Last Lousy Point" by custom - a single point which could only be won by doing something hugely unlikely, such as going to a particular area of the Pirate's Maze and dropping a key.  This custom, happily, has fallen into disuse.

Ah, et voilà le Last Lousy Point, une tradition intéressante.

Les créateurs de jeu, notamment de la scène homebrew, intègraient une action "cachée" qui rapportait un misérable petit point. Un misérable petit point, certes, mais nécessaire si vous vouliez avoir fini le jeu à 100%.

L'arrivée cataclysmique d'internet et du online fin 90's début 2000 a changé la vision progressiste que nous avions sur le score. Savoir que vous aviez terminé tel jeu en 90 minutes ou que vous y aviez obtenu 10 000 points avait à nouveau de l’intérêt, si vous pouviez le comparer en ligne avec d'autres personnes et ce en temps réel.

De façon connexe, l'arrivée dans le monde actif d'une population qui a connu mario dans sa jeunesse a permis de redorer l'image de principes old school un peu désuets. Enfin, des jeux dits "ouverts" comme GTA IV comptabilisent le taux de complétion strictement, mais c'est aussi un argument de vente "ce jeu se termine en 120 heures" par exemple, argument de vente qui est un atout dans des projets pharaoniques de jeux par des sociétés cotées financièrement.

La Checklist pour finir GTA à 100%

Une exploitation moderne, frappante, géniale, vraiment géniale du score a été offerte par Microsoft Xbox360. L'utilisation de cette console nécessite la création d'un profil auquel est associé un score, le Gamerscore. Le Gamerscore est obtenu en jouant à des jeux et en atteignant des objectifs, par exemple, finir le jeu est un objectif qui peut rapporter 100 points. Ce score est indépendant du jeu. Vous direz rarement : j'ai obtenu 800 points de Gamerscore à Deus Ex HR (sauf s'ils sont particulièrement difficiles à obtenir).

Exemple


Il s'agit d'un véritable méta-jeu. Des gens vont acheter des jeux pour débloquer du score. Chaque quota de point alloué est associé à un succès identifié, portant un nom astucieux (par exemple si vous achetez un costume dans Red Dead Redemption, vous aurez droit au succès "L'homme le plus classe du monde"). Le petit "plop" signalant le débloquage du score est une véritable gratification.

Exemple

Sauf exceptions, le Gamerscore est de plus le règne du Last Lousy Point. Là ou Graham Nelson, il y a 15 ans, espérait que les quêtes absurdes du Last Lousy Point disparaissent (on sortait d'une époque où la difficulté était hardcore, faute à un manque d'expérience dans la conception de jeux d'aventures), on a aujourd'hui des succès convoités extrêmement difficiles à obtenir.

Finir un jeu ne peut accorder que 250 points sur les 1000 du jeu.

Il y a donc plein de "Last Lousy Points", qui sont bien plus "jouissifs" que "lousy".

Et bien entendu...les Gamerscores se comparent.

Je pense que nous étions, dans les années 80, dans un monde où l'argent sanctionnait la vie comme un score des jeux vidéo des années 80 : vous pouviez le cumuler, l'échanger, le montrer, vous identifier à lui. Nous vivions dans un monde où il fallait obtenir la totalité du score pour estimer avoir terminé la totalité du jeu qu'est votre vie.

Aujourd'hui, j'aimerais considèrer que notre relation à l'argent soit semblable à notre relation au gamerscore. Que la vie soit faite majoritairement de Last Lousy Points secrets plutôt que d'un parcours tracé à subir.
Que l'argent nous vienne par nos actions, parfois de façon surprenante, et ne soit pas le but de nos actions.

Que l'on puisse choisir de terminer à 250 sur 1000 plutôt qu'à 1000 sur 1000 et pourtant arriver à la fin...et avoir une fin aussi belle.

Ouverture d'un Tumblr

Salut à tous,

J'ai ouvert un Tumblr (qui sera mis à jour 4 fois/jour) sur des couvertures de Livres Dont Vous êtes le Héros.

Histoire de redécouvrir un âge d'or de Gallimard dans lequel John Howe faisait des couvertures, John Blanche des illustrations intérieures...

http://fuckyeahgamebooks.tumblr.com/

Bonne lecture.

samedi 17 septembre 2011

Un alphabet inconnu, numérisé pour le plaisir du jeu

Je tiens un JDR sur Google + que vous pouvez retrouver ici :


https://plus.google.com/118351378110773128506/posts


Dans cette histoire, j'ai essayé d'inclure un maximum d'éléments puisés de diverses mythologies primitives du bassin méditerranéen et du moyen-orient.

En fait, le premier dimanche du mois, je vais au Louvre dans la section de l'antiquité et j'essaie de trouver de bonnes idées. L'antiquité regorge d'animaux et d'êtres étranges, des vaches gonflées comme des outres, des ours à mufle de cochon...

Ainsi, les héros ont déjà combattu et chevauché de terribles panthères de bronze :





Un jour, je tombe sur une stèle tout à fait étrange :


La mention indiquée est : Alphabet inconnu, langue inconnue, stèle trouvée à Palmyre. 

Ecriture inconnue ! Langue inconnue !

Voilà qui enflamme l'imagination.

D'autant plus que cette stèle est vraiment planquée dans un coin, loin de la circulation, comme si on voulait la cacher. Qui sait quel drame ou quel évènement fantastique elle raconte ?

Je l'ai photographiée et fait aimablement numériser en police de caractères par mes amis créateurs de caractères, et voilà le résultat :


Fascinant, n'est-ce-pas ? J'ai créé une petite énigme sur le sujet.

Et pour la petite histoire, vous pouvez vous aussi écrire avec ces caractères, voici la typo à intégrer sur votre ordinateur (utiliser charmap pour voir les touches associées) :


Créer des histoires paraît presque un effort vain tant la réalité est souvent étonnante et mystérieuse.


mercredi 14 septembre 2011

On change de Bureau - Une petite histoire

Quand j'ai des soucis professionnels, comme c'est le cas en ce moment, des histoires viennent me hanter.
Je partage celle-ci avec vous aujourd'hui.
Bonne lecture.


On change de Bureau


Vers l'âge de cinq ans, j'étais présent à l'enterrement de mon grand-père, un homme bon, et je m'y suis ennuyé. 

Mes parents, qui dans les cinq années de ma vie ne m'avaient jamais vu ni rire ni pleurer, m'ont emmené voir un psychologue et celui-ci a rapidement conclu, à raison, que je souffrais d'une forme de psychopathie : si je pouvais intellectuellement comprendre les sentiments, je ne pouvais pas les ressentir. Il a longtemps par la suite tenté de comprendre quel évènement de ma vie passée m'avait rendu différent, sans succès, et j'ai longtemps cru, si la question avait une quelconque importance, que j'étais né ainsi.

Pour ceux qui me plaignent, sachez que je suis plus libre que vous, que j'ai plus d'options que vous. Mon champ d'action est si grand qu'il en est grisant et que je dois faire attention de ne pas trébucher. Dans la culture populaire, on associe souvent les psychopathes avec des meurtriers qui tuent à l'arme blanche. C'est vrai que, et notamment lorsque j'étais adolescent, lorsqu'un obstacle humain se dressait devant moi, la seule raison de ne pas mettre fin à ses jours se situait dans la somme de complications postérieures que je pouvais anticiper. Pour dire les choses avec vérité et un cynisme qui nous est propre, si nous ne tuons pas, c'est par fainéantise. Il est curieux d'ailleurs comme les notions de bien et de mal n'existent pas et sont en chacun de nous comme l'équilibre de nos émotions. On apprend aux chiens à pisser dans le caniveau en criant, par des démonstrations et des ordres, et bien l'humain s'éloigne de ce qu'il définit comme le mal par l'interprétation sociale de ses émotions.

Sans éprouver d'amour, de peur ou de haine, je ne suis toutefois pas dénué de curiosité, de respect et je sais ressentir la tension sexuelle. 

A treize ans, un temps infernal m'a fait me retrancher chez un voisin dont le fils était dans la même classe que moi. Il n'y avait pas de lit disponible alors on avait étendu pour moi dans le salon, sur un parquet qui sentait le bois, aux lattes de noyer espacées de rainures larges, un plaid marron empreint de naphtaline. Dans un clac caractéristique, on avait éteint la lumière, et cette nuit-là, pour la première fois, quelque chose s'est immolé en moi. Le fait d'être chez un autre, dans cette maison nouvelle, inconnue, aux meubles et aux senteurs frappés d'une histoire inconnue, a éveillé en moi un émoi d'ordre sexuel. Qui ne m'a, par la suite, jamais quitté.

J'ai un "bon ami" qui est fétichiste des talons hauts. J'aime l'expression "bon ami" qui signifie tant pour vous et rien pour moi. Toujours est-il qu'il rencontre des femmes, il les aime comme il peut aimer un ami ou un bon livre, mais l'ensemble de son être est focalisé sur un instant précis, sur les talons hauts, bien sûr, mais selon un certain rituel, certains contextes, et la situation devient très complexe puisque s'il mettait en scène ce fantasme, celui-ci perdrait son caractère fortuit, son caractère extérieur à lui-même qui en fait sa pureté. Donc, ce bon ami, entre le moment où il rencontre une femme (et c'est pas toujours facile...) et le moment où l'objet de sa tension sexuelle se réalise peut se passer des jours, des années, parfois cela n'arrive jamais. Je parle souvent avec lui de savoir qui de nous deux a le plus de difficulté à atteindre son objectif sexuel. Pour moi, ce n'est pas facile non plus. Pour moi, la vie commence quand je quitte le lit de celle qui m'a invité, et que je vais dans son salon, et que je m'allonge sur le sol, et que je fais corps avec ce sol, ce plafond, ces murs, ce silence, cette nuit, ces odeurs, cette présence invisible. 

J'ai appris à bien faire jouir les femmes, et ce avec d'autant plus de talent que je n'avais aucun intérêt dans ma propre jouissance sexuelle pendant le coït. J'ai appris à attirer leur attention, et aussi à rompre de façon nette les relations, ce qui arrivait dès que mon fantasme avait été réalisé. J'ai appris à faire la relation entre une femme et son appartement ou sa maison, afin de vivre des expériences nouvelles. Je n'aime pas trop les femmes de complexion sombre, ou avec des cheveux longs, car elles ont tendance à surcharger leurs intérieurs de bibelots. Je n'aime pas les filles trop minces, qui vivent dans des endroits froids, bas de plafond, avec des pièces en trop. Je n'aime pas les filles sales, qui vivent dans des endroits sales. J'aime les filles aux yeux tristes.

J'ai trouvé rapidement le job idéal. J'aurais tout pu faire, ayant un très bon esprit analytique, mais me voilà, poussé par mes pulsions, agent du cadastre. Je sais ouvrir toutes les serrures, et j'en ai le droit. Je mesure l'intérieur des maisons, je fais des relevés, des expertises. Mon travail me comble. J'ai un chez moi où je dors à même le sol, mes costumes sur un porte-manteau et c'est tout. Mais la nuit tombée, généralement, je vais dormir dans l'un de ces lieux vides qui appartiennent à la mairie de Paris, un immeuble de banlieue ou un hôpital désaffecté, et je laisse la nuit et le lieu me recouvrir et me bercer.

Il y a quelques temps, des rumeurs couraient comme quoi le personnel allait être réduit à cause d'une fusion avec les services des OPHLM. J'avais commencé à réfléchir sur comment rester à mon poste qui m'était si cher et je m'étais résolu à étudier la botanique, au niveau des poisons notamment. Dans le jardin privé d'une sorte de villa folle en plein coeur de Paris, réservée à des Sénateurs ou plénipotentiaires de passage, j'avais détecté une plante exotique riche en alcaloïdes qui serait parfaite pour mes affaires. Néanmoins, je n'eus pas l'occasion de passer à l'acte.

On vient me chercher un jour que j'arrive et on me déclare que je change de bureau, avec cet air gêné qui annonce la fin d'une collaboration. Un concierge m'accompagne dans un bâtiment voisin, on descend au sous-sol, à coté d'une chaufferie, un couloir de ciment avec des néons grésillants. Une série de bureaux tristes. Déjà, une collaboratrice se plaignait, furieuse, de l'insalubrité des lieux en hurlant sur le responsable du bâtiment. Le concierge ouvre la porte de mon bureau. Il me dit, géné, qu'il appartenait autrefois à un type chouette. 

Je le trouve super, moi, ce bureau.

Les murs sont peints de gris, juste une table, une chaise d'école et un casier de métal. Et un crochet au plafond. Le crochet m'intrigue, je le caresse, le bras levé. Le concierge me dit que c'était un agent du cadastre ici aussi, il s'occupait des squats. J'ouvre le casier, des vieux dossiers dont la poussière m'arrache des larmes, mais...des dossiers fascinants. Des immeubles à l'abandon en périphérie de la capitale. Dans le dernier casier, tout au fond, je trouve une série de six dossiers reliés entre eux, cachés. Le fait qu'ils soient ainsi cachés m'excite. Le fait qu'une personne travaillait ici, dans cet environnement, m'excite. 

Une petite fenêtre, près du plafond, donne sur le bas de la rue et apporte quelque lumière...mais elle est partiellement obstruée par une photographie. Je la saisis. Elle représentait Rio de Janeiro, façon carte postale. Cela me fit comme un coup au coeur, ou dans l'estomac. Je me tenais, tremblant, contre le mur, et celui qui m'accompagnait me soutint, pensant que j'accusais un choc moral violent. Je ne l'écoutais même pas tant mes oreilles bourdonnaient. 

Je n'étais jamais allé à l'étranger, mais, je me souvins alors de cette fameuse nuit qui déclencha tout, alors que j'avais treize ans, celle qui décida vers quoi mon âme et mon destin tout entier seraient tournés. 

Cette nuit-là, j'avais rêvé d'une maison étrange située dans les contreforts des collines de Rio de Janeiro.

lundi 12 septembre 2011

Gentil Organisateur - une petite histoire

Bonsoir.
Depuis ce matin j'ai cette histoire dans la tête, et la seule façon de m'en sortir, c'est de l'écrire. Je vais enfin pouvoir penser à autre chose !
A ceux qui liront, bonne lecture !

Gentil Organisateur

Avant que je vous dise pourquoi je vais passer une semaine vraiment difficile, un petit mot de contexte. 

Les extra-terrestres ont débarqué il y a quelques années sur la Terre. Oh, pas comme dans les blockbusters US, avec des vaisseaux titanesques et une cérémonie de dictature africaine, non, ils sont arrivés chez nous comme par hasard, comme une route prise par erreur par deux types saouls et qui amène dans un paisible hameau coupé de la civilisation. En fait, les hurluberlus avaient raison, certains d'entre-eux étaient déjà parmi nous, à se dorer la pilule au soleil, trop heureux d'être loin de la masse grouillante de leurs semblables, et l'ouverture de l'humanité à la civilisation cosmique les a poussé à chercher un autre coin tranquille dans l'univers.

Pour tout dire, cela a été frustrant à de nombreux titres. Les extra-terrestres sont nombreux, très divers, ils se connaissent presque tous. Chez eux, y a pas de Jésus, de Dieu ou d'Allah, ce qui a embêté pas mal de monde ici-bas. Enfin, et même ceux qui ont l'air de grosses éponges, ils se déplacent plus vite, voient mieux, sont plus malins, et réduisent toutes les augustes découvertes des hommes à des petites lignes en bas d'ouvrages bientôt oubliés.

Parmi les nombreux programmes destinés à ce que les humains ne haïssent pas les aliens et vice-versa, on a mis au point une sorte de voyage scolaire inter-espèces : dans un car classique, on colle une dizaine d'ados avec une dizaine de...ben, de jeunes extra-terrestres, on les chaperonne avec des types super-entraînés style spationautes qui auraient fait la légion étrangère, et on espère que les mioches conservent un bon souvenir de leurs camarades. 

Et le type surentraîné, c'est moi. A part qu'il n'y a pas vraiment d'entraînement pour cela.

En fait, c'est pas trop que je craigne pour la vie des enfants, ils peuvent aller au diable, mais marcher sur les pieds d'un alien qu'est peut-être le fils du général de je sais pas où, et ben adieu la race humaine, voyez le topo.

Les aliens arrivent un par un. D'où, on ne sait pas. Ils apparaissent dans un coin de mur, dans une ombre, dans un rayon de lumière, et oui, aussi dans des spationefs. Parfois accompagné d'un adulte. Ils sont très polis. 

Une jeune autochtone de Rigel s'approche de Margot, son binôme humain pour la semaine qui va suivre. Margot, cette jeune fille aux cheveux noirs, qui a validé ses tests psychologiques et qui a été tirée au sort. Enfin, validés...je la voyais sans mal donner des coups de pieds dans les tables, à dire à sa mère qu'elle était une conne et ainsi de suite, mais bon, facile d'être sage pendant les tests. La Rigelienne (?) (je dis "La" mais ce n'est que mon impression), une silhouette humanoïde, élancée, à la peau diaphane, transparente, légèrement rosée, avec un mufle de girafe, peut-être des yeux. Elle est habillée avec des vêtements d'ici. Un jean recousu pour ses articulations inversées et un t-shirt qui lui tombe sur sa poitrine en creux. Elle déclare d'une voix lumineuse :

- Salutations à vous mademoiselle. Et salutations à vous, cher accompagnateur.

Devant nos mines étonnées elle poursuit, avec une sorte de fierté de pimbêche :

- Je maîtrise parfaitement votre langue, toutes vos langues. Cela m'a semblé un minimum puisque pour nous cela ne représente pas un effort. Et ainsi vous serez moins perturbé par nos altérités respectives.

Je les installe dans le car, aux premières places. La pimbêche déclare :

- Merci pour cette place. Agir autrement aurait été vous comporter en enculé de sa mère.

Bien sûr, Margot pouffe et la rigelienne prend un air mortifié :

- J'ai dit une bêtise ? Je dois vous avouer que j'ai du mal avec la locution "enculé de sa mère". Elle ne suit aucune logique grammaticale, n'est ce pas ? Si j'avais dit "enculeur de sa mère", voilà qui aurait eu du sens. Même si je ne saisis pas le lien sémantique de cette description d'un acte biologique lié aux dérivés de vos rites amoureux. Mais ce n'est pas ainsi que vous le prononcez usuellement. J'ai pensé à une expression à clef comme votre peuple l'utilisait au Moyen âge. Vous ne pouvez dire en permanence quelque chose qui n'aurait aucun sens, n'est-ce-pas ?

Je me permets d'intervenir en disant simplement :

- Voilà une approche très intéressante. Laissez moi installer vos compagnons de voyage et poursuivons cette fascinante conversation.

Déjà dégoulinant de stress, je présente PALOURDE (en capitales) à Jonas. PALOURDE est un champignon jaune qui ressemble vaguement à une éponge. On ne voit rien de lui sinon des trous et de la substance jaune. Heureusement, il a autour de lui, accroché par une chaîne, un petit synthétiseur de voix dépourvu de toute émotion, mais dont le rythme un peu sec faisait transpirer la personnalité vive de cet habitant des astéroïdes d'Aldébaran.

Un flash m'aveugle, et je vois un petit truc transparent, que l'on a recouvert de peinture marron autour des yeux pour ne pas que l'on trébuche dessus par inadvertance sur lui. Il a un appareil photo de chez nous, à l'ancienne, et sa voix haut perché m'interpelle :

- Accompagnateur, on pourra voir des femmes humaines se mettre du rouge à lèvres ?

Je rassure le petit bonhomme en me creusant la tête pour trouver quelqu'un dans le staff qui - (ah, oui, la conductrice) - et je demande à PALOURDE et Jonas d'entrer dans le car. PALOURDE, en bonne vieille éponge, avance comme un escargot et Jonas, un grand échalas avec des cheveux clairs ramenés en arrière, n'est pas plus pressé. Sur le chemin, PALOURDE et Jonas ont ce charmant échange :

- Cher ami de ce voyage. Comptez-vous à un moment vous reproduire avec l'une de vos femelles ? 
- Quoi ? Euh, mais non !
- Je vous proposerais bien de vous reproduire avec moi, mais je n'ai pas d'opercule vaginal.
- Euh, merci ?
- Vous pourriez répandre votre sperme sur moi, sinon.

Jonas me tourne des yeux suppliants. Je le tiens par les épaules, façon "courage mon gars, serre les dents, c'est bientôt fini", mais c'est surtout moi qui serre les dents. PALOURDE poursuit sa pensée :

- Vous ne dites rien. Vous confirmez ma théorie. [...] Vous ne dites toujours rien. Je vais vous exposer ma théorie. J'ai regardé nombre de vos productions sur les rapports sexuels et dans nombre d'entre eux les mâles ne répandent pas leur sperme dans les femmes mais sur le derme de celles-ci. Je pense avoir compris qu'en plus de la reproduction vaginale telle qu'elle est décrite dans vos ouvrages officiels, vous pouvez également ensemencer vos femelles en répandant le sperme à l'extérieur de celles-ci, comme les poissons. Mais comme vous méprisez les poissons en tant que sous-race, vous ne voulez pas que ce mode de reproduction parvienne à la connaissance des races des autres mondes. Une sorte de tabou religieux.

PALOURDE est interrompu par un autre flash, encore le petit bonhomme qui dit :

- Accompagnateur, on pourra voir des femmes humaines se mettre du rouge à lèvres ?

PALOURDE est fier d'expliquer :

- Oui nous en verrons ô ami d'un autre monde. J'ai d'ailleurs une théorie à ce sujet. La libération du sperme chez les mâles humains est précédé du gonflement d'un appendice sexuel. Ce gonflement nécessite beaucoup de fluides corporels et prive de ce fluide les organes cognitifs, le cerveau, et abolit son discernement. En mettant du rouge sur les lèvres, les femmes permettent aux hommes de se concentrer et de ne pas libérer le sperme trop loin d'elles. Dans leur bouche en fait, maquillée ainsi comme un opercule vaginal, et ensuite, manuellement (ou par des voies internes) elles poursuivent elles-mêmes le processus d'ensemencement. Mon ami Jonas, avez-vous déjà libéré ainsi votre sperme sur une femme ?
- Non !
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas, non, c'est tout.
- Il n'y a pas de femelles là où vous vivez ?
- Mais si...
- Vous êtes atteint d'une maladie ? Mon peuple pourrait vous soigner.
- Non...
- Vous êtes rejeté pour des raisons claniques ? 
- Quoi ?
- Vous estimez que l'humanité est déjà trop nombreuse et participez à sa régulation en refusant de vous reproduire ?
- Franchement, votre histoire d'opercule vaginal m'a fichu la gerbe. 

J'interviens auprès de Jonas qui commençait à se sentir mal et déclare : 

- Notre ami est fasciné par la reproduction sexuée...il ne se reproduit lui même que par essaimage de ses spores, donc...

Ma chemise colle sur tout mon dos tant je transpire. Mince ! Je vois à l'extérieur un émissaire. Je vais l'accueillir.

Les émissaires représentent la race la plus puissante de l'univers, bien que si vous voulez mon avis, s'il existe une race super puissante, elle se gardera de se déclarer comme telle. Néanmoins les émissaires sont reconnus en tant que tels par tous - et ils sont très grands, grands comme un petit van ; nous avons aménagé, derrière le bus, une remorque spéciale. L'émissaire ressemblerait à un grand marsupial recouvert de grosses plaques épaisses et disjointes comme un tatou, et communique en aspirant et expirant l'air par celles-ci, comme un gros accordéon soupirant.

J'arrive, et - même s'il n'est que l'équivalent d'un môme de seize ans - danse une petite révérence.

Mais je ne vois pas celle qui devait être son binôme. En fait, un garçon passe le cordon de sécurité et s'approche. Je vois qu'il a une main qui tombe comme si elle était paralysée. Il me dit qu'il est le cousin de la petite, qu'elle a pas pu venir...etc...en temps normal, bien sûr que je lui aurais donné un coup derrière l'oreille et basta, mais là, avec l'émissaire qui me regarde curieusement derrière, je me penche sur le gosse, un certain Lucas, et je lui dis : Pas un mot de trop, sinon...

Le frêle petit bonhomme s'approche de l'énorme créature. Celle-ci soupire :

- Je viens de m'apercevoir que je ne sais comment me nommer pour toi. Nous nous nommons avec des odeurs. Vous nous appelez émissaires.
- Je m'appelle Lucas. Vous venez d'où ?
- Je viens de Canis Major, d'une étoile anecdotique au regard de votre race, puisque vous lui avez longtemps donné un long numéro vide de sens. 
- Canis Major, alors Gros Chien, cela va ?

J'interviens :

- Gros Chien, ce n'est pas respectueux. L'émissaire sait que nous traitons de chiens des semblables de peu de valeur.

L'émissaire soupire, presque chantant :

- Gros Chien est respectueux, car la spontanéité est respectueuse. Il y a ceux parmi vous qui traitent les autres de chien, ceux qui les traitent comme des chiens, mais ceux qui considèrent que les chiens sont leurs meilleurs amis. Lucas, aimes-tu les chiens ?
- Oui, les chiens sont gentils.
- Je n'ai pas les schémas mentaux qui me permettent d'éprouver de la gratitude ou le sentiment d'être honoré, mais fut-ce le cas, cette appellation les stimulerait. Lucas, c'est le début d'une longue amitié, je crois bien.

Et Gros Chien le guida jusque dans la remorque.

Je regardais ma montre. Seulement dix minutes s'étaient écoulées. J'étais détrempé de sueurs froides. 

Et cela durerait une semaine.

dimanche 11 septembre 2011

Horreurs et Merveilles, un après-midi de voyages temporels dans la SF

Ben moi le samedi, quand je bosse pas, je fais un trek. Je le détaillerai un jour (boutiques de JV, JDR, de puzzles, et oui, je suis ce type avec des lunettes qui lit Tangente Magazine et qui fait des puzzles), mais entre autres étapes je passe par Boulinier et la FNAC, pratiquement uniquement pour les bouquins de SF.


Tout comme le héros de Gentlemen Broncos, un film charmant sorti dans une seule salle en France (et ce jour là, il y avait 4 personnes dans la salle...), je suis vraiment très fan de la SF Vintage du style "Seul sur la planète Zoltar" (ne cherchez pas je viens de l'inventer) qui fait appel à un imaginaire particulier dont la mouvance est aujourd'hui morte, sauf peut-être dans certains pays du tiers monde.


Un film touchant sur la puissance de la
sincérité dans l'écriture

Donc je vais à Boulinier. Bon, j'achète pas une tonne de livres à chaque fois parce que j'ai tellement de livres que j'ai des meubles en livres chez moi, mais dès que je touche le jackpot, oui, j'aurais cette bibliothèque dont je rêve souvent malgré moi la nuit.

Alors j'ai trouvé des trucs sympas, on va en parler.

Je l'ai pris pour le petit robot jaune au milieu
il m'a fait pensé à la copine de Wall-e

Ah, la collection SF / Jimmy Guieu de Plon. Il est possible que vous ne connaissiez pas Jimmy Guieu. Non, non, n'allez pas sur Wikipedia, j'ai un visuel qui résume le bonhomme :


Oui, vous avez bien lu "pionnier de l'Ufologie" sous
ce portrait charmant.

On continue avec "Vieilles Déliquances". Ce bouquin transpire dès la couv les années 70 : la relation jeune / vieux, la délinquance, et une nana les seins à l'air - mais portant de chastes lunettes de soleil. J'attends avec impatience le jour où quelqu'un fera l'histoire de la mode dans les couv de SF françaises, c'est ultra cocasse.

Riez pas, G. Morris a écrit plus de 200 livres
et vous ?

Je remarque d'ailleurs que c'est le point faible des auteurs, je n'ai jamais lu de la SF pure avec une description de la mode. La mode en SF sert surtout de support symbolique : vêtements uniformes et près du corps dans les utopies / dystopies, ou au contraire jean's usés et rebelles...ou encore soulignant des cycles générationnels.

Bon, attaquons le plus marrant, l'opulente quatrième de couverture :

Désolé pour la photo, y avait un gros qui cherchait
du Asimov à coté

J'espère que ce résumé prolixe vous a plus accroché que la paire de seins de la couv. C'était vraiment chouette cette époque. Aujourd'hui, aucun service marketing, ne serait-ce que pour justifier son existence, ne laisserait passer une telle chose.
Bon, on a échappé à la pub pour les gauloises gitanes qui figure parfois sur ces ouvrages...

Perry Rhodan

AAAH PERRY RHODAN. Parlons-en, de Perry Rhodan. 2500 livres. Un milliard de ventes en Allemagne. Des jeux vidéo. Chez moi, j'ai un Album concept "Spyce" fait par un ancien de Kraftwerk, un jour je vous le montrerai il est incroyable. (Au début, après une plage de silence, on entend la voix grave du héros qui dit : Manchmal...ich beobachte die Sterne...frissons frissons !). 

Bon, elle est pas belle cette couv ? Franchement on se demande pourquoi à l'époque les gens prenaient du LSD, y avait qu'à regarder leurs bouquins.

Bon, en vrac, d'autres chouettes couv :


Bon, voilà une belle couverture de Simak, écrivain classique de l'âge d'or. Je l'ai prise pour le dos : la 4ème de couv m'a semblée hyper secos, avec son helvetica justifié, tapé comme par un robot. 


Miroirs d'univers m'avait l'air vraiment cool avec ces petits cthuloides souriants, c'est typique de la période "je me suis fait enlever puis violer par les extraterrestres avec une sonde", enfin, cela existe depuis l'antiquité (et c'était beaucoup plus compliqué, du style "Zeus m'a violé mais d'abord il s'est incarné en taureau...").

Moi le feu m'a intéressé pour cet écorché extraterrestre, l'idée de l'auteur a été de faire certainement une sorte d’humanoïde bionique avec un exosquelette comme ceux des insectes, mais cela rejoint de façon indépendante les représentations modernes des cyborgs, comme dans Deus Ex, avec leurs griffes de métals, leurs armures et leurs augmentations.


J'ai été étonné par le style très Dali de l'Ombre dans la Vallée. Enfin, j'ai adoré la couverture mystérieuse des Survivants de la Mer Morte, avec ces énormes vaisseaux planant au dessus des eaux, ses feux d'artifices, un vrai petit Mass Effect ou Star Wars. A noter que dans 90% des cas, les illustrations n'ont rien à voir avec l'intérieur du livre, bien entendu.


Et pour finir, un présence du futur (presque) monochrome d'une classe folle. Oui, rappelez vous, Présence du Futur, c'est cette collection de Denoël qui avait des couvertures argent brillantes ! 

Maintenant après Boulinier, faisons un bon dans le temps et allons à la FNAC. Bon, je vous avertis, les têtes de gondoles SF / Fantasy sont une horreur. Je vous passe les trucs débiles genre "Collégiennes vampires amoureuses d'un beau type qui hélas s'avère être un loup garou", mais même sans cela, c'est pas reluisant.

D'abord on a ce type de livre hideux :

moche :'-(

Bah, mettre une base spatiale faite avec un logiciel 3D des 90's, il y a comme un relent de SF la dedans. La petite touche violette est sympa. Non, c'est hideux. En fait non, c'est : cheap. Vous avez un livre de bonne taille, du bon papier, bien écrit, avec une belle référence, et vous mettez une illus qui figurerait dans la section débutant de Worth1000 ou deviantart. C'est un fail.

Mais il y a bien pire :


Je soupçonne Les Nouveaux Auteurs d'être de l'auto-publication. Je vois ce livre dans toutes les Fnac. Je pense que je le vois car il ne se vend pas. Le pitch est un somnifère puissant mais qu'importe. La couverture est d'une laideur. J'ai dit plus haut que l'Anderson était cheap, mais là, c'est cheap dans le sens "pourquoi prendre un graphiste, ma petite nièce fait des montages photoshop." Je suis très embarrassé.


Ah sinon ces deux petites photos (mal prises, je sais, les néons de la Fnac, tout ça) pour vous dire qu'en 2011, hein 2011, 2011 comme le temps où on a des séries TV comme Le Trône de Fer, Deadwood, Mad Men, Breaking Bad...et bien en 2011, on sort encore des bouquins intitulés, vous pouvez lire : "La Dame du Lac - La saga du Sorceleur - Tome 5" et "La Voix des Dieux - L'âge des Cinq - Tome 3". La force d'inertie française, hélas.

Au moins les couv américaines font illusion. Déjà, elles sont cool parce qu'elles couvrent TOUT le livre, elles se continuent derrière. Moi, cela me fait rêver. J'en ai une superbe chez moi, The Shamutanti Hills, mais je l'ai pas retrouvée, alors voici mon Lone Wolf nouvelle version :

En plus il est dédicacé ♥

Sinon dans le style "allons toujours plus loin dans le ridicule" en Fantasy, j'ai trouvé cette perle :


Et ouais, vous avez bien vu : un livre avec une TAGLINE. En plus rololo, pas n'importe laquelle, hein. Pas une citation de ces barbus philosophes ou encore de Adams / Dylan "How many roads a man can take..." wink wink, non, une tagline à la con genre : "Ne juge pas un homme au chemin qu'il choisit." / couplé avec un morgan freeman en houppelande verte qui sort à demi son membr- euh son épée qu'on imagine très longue.

J'adorerais trouver des Tagline pour livres idiots. Je serais le meilleur je pense. Bon, c'est encore plus laid comme projet de vie que de tuer des bébés phoques mais quand on est bon à un truc, pourquoi ne pas s'y lancer corps et âme ? Voilà, je vous en sors comme cela quelques unes, L'Atalante ou Bragelonne, si vous me lisez, je prends 5 € la tagline.

"Une épée peut donner la mort...ou la justice."
"Parfois, seul le sang peut laver l'honneur."
"C'est le destin d'un homme libre que de ne respecter ni les lois, ni les dieux."


Sinon au rayon SF y a des licences type Starcraft ou Warhammer 40K. Comme cela vient de la tradition anglo-saxonne, c'est plutôt bien foutu niveau plumage, mais bon après...faut aimer se taper de la soupe. Mais si cela peut amener un joueur de Starcraft à lire un jour Les Clans de la Lune Alphane, j'approuve ! Sinon, Perry Rhodan est plutôt bien touché, non ?

Sinon un petit LOL. Voici le trône de Fer :


Bon, c'est rouge, c'est écrit en blanc, ca rappelle l'édition US. Tiens, je me dis, c'est quoi la petiote image en bas ? Zoomons :


Euh what ? Je rentre chez moi, j'ouvre fébrilement mon Art of Game of Thrones et je trouve :


Ah ouais donc pour des raisons d'économies, vous avez détouré ce pauvre Stannis Barathéon en le faisant asseoir sur du vide, parce que ça suffisait pas de prendre vos lecteurs pour des cons et de mettre sur la couv d'un livre un personnage qui n'y apparaît pas (et qui n'a aucune dimension importante à ce stade de l'histoire), mais en plus faudrait pas que vous ayiez à payer les droits, hein !

Cette question est assez intéressante car elle coïncide avec la sortie de 1Q84, un thriller japono-étrange de Haruki Murakami. A gauche, la version française (enfin, la première partie, histoire d'en vendre deux fois plus, wink wink) et à droite la version originale. Réalisée par le designer Chip Kidd. Constatez la déperdition.




Je vous quitte Sur des Mers Plus ignorées. Vous en profiterez pour constater le bon goût typographique. Mais ce n'est pas le seul viol qu'aura à subir Tim Powers : ce livre a été acheté par Disney et son scénario fera l'objet de Pirates des Caraibes 4.




T'as pas tort, Tim, prends l'argent et tape toi des margaritas et des pizzas sur la plage. 



Comme Scorpius












mardi 6 septembre 2011

Quiz : Quel est votre livre de SF préféré (que vous ne connaissez pas encore) ?

Tiens, vous venez d'entendre la musique de Star Wars et vous vous êtes dit, tiens, et si je me lisais un bon vieux bouquin de SF.

Mais voilà, que lire ? Le rayon de la FNAC est plein de vampires-loup-garous-batailles-spatiales-whatever. Le pire étant que les afficionados sont tellement affamés que parfois, ils lisent ces livres pauvres et parfois même, horreur...ils les aiment.

Gardons la tête froide les amis !

Voici un petit test qui va vous aider à déterminer quel est l'ouvrage de science fiction fait pour vous !

Je fais exprès de ne pas donner les résumés des histoires, vous pouvez y aller c'est du tout bon.

Le test

De quelle activité vous sentez-vous le plus proche professionnellement ?

Ω mathématicien, intégrateur, codeur, typographe
® étudiant, sportif, policier, coursier, historien
Ø instituteur, jardinier, géomètre topographe
θ journaliste, community manager, présentateur de tv
۞ commercial, cuisinier, huissier, médecin

Après une journée bien remplie, quelle activité est vraiment pour vous signe de détente ?

® 5 heures sur la console de jeu vidéo
Ω écrire des lignes de code informatique
Ø faire la vaisselle et le ménage
θ regarder Capital sur M6
۞ répondre à des mails

Quelle série TV préférez vous dans cette liste :

θ Star Trek Classic
۞ Star Trek TNG
® Farscape
Ø Arabesque
Ω Dexter

Un objectif de vie qui vous rendrait immensément heureux :


θ Avoir 1 million d'euro sur votre compte

Ω Obtenir un prix Nobel
® Etre respecté de tous
Ø Avoir une famille heureuse
۞ Avoir fait le tour du monde

Dans laquelle des phrases ci-dessous vous reconnaissez-vous ?

Ω "Chacun son métier et les vaches seront bien gardées"
θ "Tout flatteur vit aux dépends de ceux qui l'écoute"
® "Just do it"
Ø "Comme on fait son lit, on se couche."
۞ "La vie est un éternel recommencement"

De quoi vous a-t-on déjà traité :

® de feignasse
Ω de nazi
θ d'escroc
Ø de nunuche
۞ de has been

Résultat des tests !

Si vous avez une majorité de Ω

Vous devez lire le Cryptonomicon de Stephenson.






Votre passage culte :
Le héros utilise un logiciel de cryptographie qu'il a codé lui même, pour déchiffrer, au fin fond d'une prison indonésienne, une carte au trésor. Comme son écran est espionné par un système électromagnétique, il récupère les données en morse par le clignotement de sa touche scroll lock. 

Si vous avez une majorité de ®


Vous devez lire Etoiles, Gardes à vous de Heinlein







Votre passage culte :
A l'école de l'armée :
Elève : Ma mère m'a toujours dit que la violence ne résolvait jamais rien.
Rasczak : Vraiment ? Je me demande ce que les pères fondateurs d'Hiroshima diraient de ça.
Elève : Ils ne diraient rien. Hiroshima a été détruite par une bombe nucléaire.
Rasczak : Exact. edom. La force brute a résolu plus de problèmes dans l'histoire que tout autre moyen. La pensée "la violence ne résoud jamais rien" est un espoir abject. Les gens qui l'oublient auront à le payer. A le payer avec leur vie et leur liberté.

Si vous avez une majorité de θ


Vous devez lire Planètes à Gogo de Pohl





Votre passage culte :
Quand vous comprendrez, quand entre deux rendez-vous le héros, publicitaire, recevra à la va-vite le président des états-unis, à quel point ce roman, écrit en 1952, est plus visionnaire que tous les ouvrages de Jules Verne réunis, en décrivant une société mondialisée à la merci des...agences de com !

Si vous avez une majorité de ۞


Vous devez lire Les Rois des Etoiles de Hamilton







Votre passage culte :
Quand ennemis de toujours se retrouvent à filer dans un vaisseau spatial au sein d'amas d'étoiles titanesques qui s'entrechoquent ! Du space op de grande envergure !

Si vous avez une majorité de Ø


Vous devez lire Le Loup des Steppes de Hesse







Votre passage culte :
Le héros rentre dans un "théâtre magique surréel" et vous comprenez la black lodge et le théâtre silencio de Lynch.
Le héros snipe des camions et machines rebelles et vous comprenez Terminator et la révolte des machines
Le héros voyage dans les différentes strates de sa personnalité, et tout Dick vous apparaît
Dans ce livre de 1926 qui a donné lieu à un prix Nobel, toute la SF moderne et mature est présente.

Bonne lecture !