dimanche 15 janvier 2012

Les Mystérieuses Cités d'Or 2 en 2012, et adaptation en jeu vidéo

Dans quelques mois, sinon quelques semaines, TF1 diffusera la première des trois saisons de la suite officielle des Mystérieuses Cités d'Or.

Oui, ce n'est pas un espoir, ou une rumeur, le scénario a été écrit, les visuels créés, les voix castées (ce qui a donné lieu à des tergiversations et des émois parmi les fans, car celles-ci ont changé), et la date, enfin, l'année de diffusion, fixée : ce sera en 2012.

Voici l'affiche officielle concernant cet opus :

Oui, c'est bien la muraille de Chine

Si vous êtes passés à coté de cette série animée d'envergure datant de 1983, vous trouverez à la fin de ce post des liens vers des sites exhaustifs sur le sujet. Rappelons qu'il s'agit initialement d'un dessin animé de 39 épisodes franco (49%) japonais (51%) réunissant la même dream-team d'Ulysse 31 : Chalopin, Deyriès. 

Située en 1530 dans le cadre de la conquête des Andes par les espagnols, elle dispose malgré des éléments fantaisistes pittoresques des années 80 d'un solide background historique, peignant d'une façon à peine caricaturale de sinistres personnages de l'Histoire comme Pizarre ou Marinche, et est appuyée par des documentaires filmés concluant l'épisode, parfois en rapport avec celui-ci, réalisés, dixit la légende, en flux tendu et à la demande par des documentaristes japonais.

Le fait que le Japon se penche sur les Andes n'est pas anodin : génétiquement, ils ont un patrimoine génétique commun, et des échanges préhistoriques de population transpacifique entre les uns et les autres. D'ailleurs l'ex-président du Pérou, Fujimori, est d'origine japonaise.

Condamné à 25 ans de prison, prenons-en de la graine.

A ce sujet, le scénario implique discrètement (épisode 1 et épisode 13) que le père d'Esteban, le héros de la série, était venu d'au delà de la mer de l'ouest du Pérou, et le style laqué de bois rouge du navire de celui-ci lorsqu'il sombre donne peu de place à l'imagination...donc voilà, tenez-vous le pour dit, Esteban l'espagnol est semi-japonais.

Le crédit de fin de la série originale déclare que celle-ci est inspirée de The King's Fifth, en français La Route de l'Or, de Scott O'Dell, lauréat du prix Andersen.

Une aventure triste et belle

Quasiment tous les éléments de La Route de l'Or sont repris dans la série : Esteban, et Zia, ici une apprentie Marinche, Mendoza bien plus pragmatique et deux sidekicks pas très futés, mais aussi les différentes escarmouches entre conquérants et indigènes, les lieux et les situations (vallée des fumerolles, naufrage sur l'Océan, cités sur des plateaux...). 

L'adaptation en scénario a modifié cette fresque historique bien carrée en une quête initiatique épique propre au shônen. Il a rajouté également, coquetterie nippone, des méchas frappants : un immense condor en or volant dans les cieux, habitable, donc une sorte d'avion, et un formidable navire : le Solaris. Il est intéressant de constater qu'avant le travail complémentaire de l'équipe française sur ces méchas, ceux-ci étaient dans la veine conventionnelle des méchas-mécaniques : un Condor en acier et un Solaris en bois.


Leurs versions finales, ici dans une vue d'artiste, ont un peu plus de style :

Ils ne vous feront pas préférer le train

Les français auraient également insisté sur les yeux et les mentons des personnages, afin de donner un style moins japonais et plus particulier à la série. Voyez un avant / après des personnages principaux :

Esteban et Zia, sans menton

Esteban et Zia, avec menton

Enfin, la série est portée par une bande son d'exception, un peu électronique et un peu folklore dans la lignée des compositions New Age de Kitaro, par exemple. A noter, et c'est particulièrement rare pour une série animée, que de nombreux thèmes n'apparaissent qu'une seule fois dans l'ensemble de la série, et ont été composés uniquement pour une séquence en particulier. (voir liens)

En parlant de New-Age, le scénario a des teintes de science-fiction populaire très ancrées 80 : on y croise Mu et l'Atlantide, un je-ne-sais-quoi qui s’appellerait un jour l'écologie, le mythe d'un Âge d'or, le pouvoir salvateur du soleil, la mystique autour de l'astre, et, Japon oblige, une allégorie sur les dangers de la menace nucléaire.

Pouvoir nucléaire

A titre personnel, je retiens de cette série un excellent sens de la mise en scène. Le sens de l'exploration et de l'aventure est très marqué, et à chaque fois que les héros franchissent le seuil d'un temple ancien ou découvrent le lit d'une rivière, cela donne lieu à un évènement qui sollicite l'émotion du spectateur.

J'adore aussi le résumé de l'épisode précédent et le résumé du prochain épisode en début et fin d'épisode. Cela souligne l'importance de la continuité. Le format très marketing à l'américaine, avec pilote de test, mise en balance de l'avenir de la série, saisonnalité des séries n'existe pas et ne dicte pas le rythme des cliffhangers.

La série sera rediffusée de nombreuses fois. 

Les années 2000 ont vu l'arrivée à l'âge adulte et donc une accession au pouvoir d'achat de ces enfants spectateurs des cités d'or. Fort logiquement, il y a alors eu des rééditions sur VHS, DVD, l'espoir d'une suite...en 2006, AK Vidéo sort une série nommée Esteban et Zia à la recherche des sept cités d'or, d'une qualité très mauvaise, sans rapport avec la série animée pour raisons de droit, et qui ne mérite pas qu'on en parle plus.

Il y a eu ensuite une rumeur, puis une page Wikipédia ainsi que des visuels officiels sur un Film basé sur Les Mystérieuses Cités d'Or.

En 3D !

Pour finalement être abandonné, mais pas vraiment, puisque 3 saisons d'une suite, presque 30 ans après donc, seront produites, avec Jean Chalopin aux commandes du condor.

On ne sait pas grand chose de la série en terme d'histoire si ce n'est que six autres cités d'or seront découvertes sur les 3 saisons. C'est un peu anticlimactique à mon goût, mais cela a le mérite de respecter les fondamentaux de la bible originale (il y a sept cités d'Or et Mendoza enjoint Esteban, dans l'épisode 39, à retrouver les six autres pour continuer l'oeuvre de son père).

Episode 39. La voix tamponnée de Jean Topart
dans cet épisode ne nous dit plus "Au revoir".

Egalement, la muraille de Chine figurant dans le visuel officiel contraste avec le background Inca / Maya de la série (et de Zia). Cependant, toujours dans l'épisode 39, les trois héros partent vers l'ouest, au delà de l'Océan Pacifique. Enfin, Chalopin avait dévoilé dans un premier projet de scénario au début des années 2000 le fait qu'il souhaiterait que l'aventure inclue le Temple d'Or au Japon, et que la suite serait une suite directe chronologiquement, quasiment dans l'heure d'après dans l'histoire, de la fin du dernier épisode de la série originale.

Il faut voir, c'est une hypothèse, que les années 1540 correspondent également à la période dans laquelle St François Xavier, prêtre espagnol dont l'importance est fondamentale dans la propagation du christianisme en Asie, évangélisait le Japon. (C'est en hommage à lui que Onisuka appelle le dirlo Zabière dans GTO).

Les voyages de St François Xavier


La présence espagnole sur ce territoire extrême oriental, peut-être avec des cameo de Mendoza et consorts prétendument retournés à Barcelone, sont envisageables.

Si le mythe de l'Eldorado et des Cités d'Or a donné lieu à de multiples titres en jeu vidéo : Seven Cities of Gold, Colonization, et pléthore de backgrounds pour d'anonymes puzzle games, aucun jeu n'est sorti dans le commerce reprenant l'aventure de la série (mais cela ne saurait tarder, certainement).

Cependant, des tentatives ont eu lieu.

Notons tout d'abord Albion. Non, rien à voir avec le RPG celtico-ecolo-furry de Blue Byte.

L'écran titre


C'est un jeu non-commercial, amateur, sur Atari ST. Il serait réalisé par un certain Stingray, un français certainement, mais aucune mention nulle part sur internet. Le ou les développeurs ont rippé des visuels et des sons des séries tv type Robotech, Cités d'Or, Chevaliers du Zodiaque pour l'inclure dans une sorte de RPG en vision subjective style Dungeon Master en 1991.

Notez en haut à gauche la montagne...

C'est le bouclier fumant des Cités d'Or

Vous n'en saurez pas plus sur ce jeu et moi non plus sinon qu'il y a un château, un temple (probablement inca), une montagne, un pont...informations que j'ai tirées du système de jeu. Effectivement le jeu en lui-même est très pénible : intro interminable, dialogues impossibles à sauter ou à accélérer, mort subite, fautes de français régulières, sons agressifs, et notice sur un disque séparé. J'ai laissé tomber, et pourtant, j'en voulais.

Deuxième jeu bien plus pro et impressionnant, en 2004, un collectif d'étudiants d'Angoulême nommé The Macho Picchus développe très sérieusement un projet de jeu intitulé Children of the Sun, directement inspiré des Mystérieuses Cités d'Or, sur la PSP qui sortirait en 2005.

♪ Children of the Sun, your long quest has just begun ♪

Le jeu tire hypothétiquement parti d'un module USB détectant la lumière, le soleil pouvant ainsi intervenir sur le gameplay, idée très forte et reprenant le thème liant la série originale (tous les épisodes se terminent sur un plan sur le soleil, Esteban est le fils du soleil, etc...). C'est original et n'a à ce jour n'été utilisé que dans quelques rares jeu, par exemple Boktai sur GBA dont la cartouche dispose d'un capteur solaire.

Appelle le soleil, Esteban


Les personnages sont en 3D cell-shadée, fort bien animés.

Un pousser de rocher que ne renierait pas Lara Croft

En plus des éléments d'aventure, un accent semble être mis sur le gameplay collaboratif entre les différents personnages, façon Lost Vikings ou Trine, puisqu'une roue des menus permet de selectionner la configuration de l'équipe.

A l'ombre d'augustes piliers de pierre

Le tout est assez bien rendu, avec un vrai sens de la mise en scène lors de la présentation des niveaux :

Dans le temple de Pachamama...


...vous attend le Grand Condor.

Pour des raisons évidentes de droits (de nos jours, dans le monde occidental, c'est une folie que de se lancer dans une adaptation sans en détenir les droits, quelle perte de temps), ce projet n'a pas abouti. Et pourtant, outre sa réalisation talentueuse pour un groupe d'étudiants, je trouve que ce jeu était prometteur et sain : respectant le caractère animé de la série, la dimension exploration / puzzle de la série (il y a même dans l'épisode 8 une sorte de taquin rupestre géant), et élégant.

Voici enfin une série de liens pour en savoir plus :

http://www.lescitesdor.com/ un site de référence dont l'auteur m'a permis de reprendre les visuels des prototypes de design avant l'intervention de l'équipe française

http://www.citesdor.com/ un autre site très complet disposant d'une communauté active

http://www.citesdor.com/musiques/musiques_boub.php3 L'ensemble des musiques réinterprétées, qui ont fait l'objet d'une édition sur CD dans les années 2000 mais mises à disposition aimablement par l'auteur (Boub). Vous remarquerez qu'il y a 61 titres...

http://www.themachopichus.biz/ Le site des créateurs du projet PSP


En route vers d'autres rivages

6 commentaires:

  1. Très très bon article. Merci pour les informations.

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  2. On et en 2012 et on ne sait toujours pas quand MCO2 débarque sur TF1
    Boouuuu !!! Snif !!!

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  3. Je suis déçu , série annonçée pour le printemps 2012 , et toujours pas de nouvelles .... Sniffff .......

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  4. Wow, mais quel site complet! Chapeau.

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  5. Un bon article somme sur ce qu'à été la série originale, et sur les projets à venir à ce moment. Aujourd'hui, on a du concret, et les premières désillusions malheureusement... Et finalement il aura fallu attendre plus d'un an pour espérer voir la saison 2 au complet.

    A noter que pour les dernières versions, normalement meilleures, des réinterprétations de Boub, c'est ici qu'il faut se rendre :
    http://le-grand-heritage.mu/

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  6. Japon/Andes : l'hypothèse "d'échanges préhistoriques" et transpacifiques de populations entre Japon et Amérique latine repose sur quoi ? N.B. : Fujimori : fils d'émigrés japonais arrivés en 1934 au Pérou tout simplement. Rien d'étrange là-dedans, il aurait pu être Syrien ou Allemand aussi. Le continent latino est un creuset de brassage bcp plus efficace que les USA.
    Background : pourquoi pas arrière-plan, contexte, fond, socle, bref, quantité de mots français pour exprimer finement ce que vous voulez dire. C'est plusse post-moderne de franglicher ?

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