dimanche 29 janvier 2012

Seaguy : le héros d'un comic-book sans super-héros

Au menu du jour, du poisson révolutionnaire, au lance-flammes.


Et on va commencer par Disneyland


Le comic-book est un genre américain datant de 1933 ; il est assez normalisé : il s'agit de publications régulières, hebdomadaires, d'une série en épisodes ou (plus efficace d'un point de vue marketing) d'une histoire plus générale. Les héros sont récurrents et sont devenus, dans le monde entier, des icônes de pop-culture : Superman, Spiderman, Ironman...et des films aux budgets ambitieux sont régulièrement réalisés.

Ce genre americano-americain, reprenant des lieux américains, comme Gotham City de Batman qui rappelle New York ou Chicago, et des fragments de way of life americaine, sur des problématiques très américaines, manichéennes essentiellement, a vu arriver un déferlement d'auteurs britanniques, la Brit Wave, au rang desquels Neil Gaiman, que l'on peut aimer ou pas, mais qui a écrit l'excellent American Gods, aux lectures multiples, et dont l'une est justement l’interprétation de la Brit Wave aux US.

Un autre auteur - écossais - de talent est Grant Morrison :


Il est occultiste, aussi

Grant Morrison est un iconoclaste : outre quelques travaux plus convenus pour se faire un nom aux US, son effort se tournera vers la déconstruction du mythe du super-héros, et ce à commencer par l'introuvable Zenith.


150 € les vingt pages

Sa première série, dans laquelle il explore plusieurs concepts, notamment le fait que des super-héros utilisent leurs pouvoirs à leur fins propres (devenir rockstar plutôt que d'aider les gens).

Publié après Watchmen, oeuvre majeure du patrimoine US qui explorait la voie de l'anti-héroisme, Grant Morisson déclarait que Watchmen était selon lui un peu trop pompeux et lourdingue pour illustrer un propos iconoclaste...ce où il n'a pas tout à fait tort...

Mais Grant Morrison a en tête son Watchmen, une oeuvre pétillante qui surprendrait à chaque page, à chaque case : cette oeuvre, ce sera Seaguy, édité fatalement par Vertigo.


C'est l'histoire de...c'est difficile à dire en fait

Tous les dimanches, je suis à Album Comics. Un peu comme à la Fnac, je feuillette paresseusement les comics. Les couvertures sont superbes, les dessins à l'intérieur beaucoup moins. Les dialogues sont ultra convenus, les répliques prévisibles. Les séquences manquent de densité. J'en achète très peu. Je suis là pour m'alimenter en pop-culture, comprendre ce qui fait tourner ce monde : et là, je rencontre Seaguy.

Seaguy raconte l'histoire d'un monde sans super-héros.


Dans un passé mythologique, des super-héros auraient existé et auraient
terrassé un Galactus-like. Mais est-il vraiment mort ?

Le héros est un homme portant une tenue de plongeur, mais ne dispose d'aucun pouvoir particulier. La trame tourne autour d'un monde orwellien mais dispose de nombreux éléments surréalistes (Seaguy a été parfois surnommé le comic book surréaliste).

Il joue aux échecs avec la Mort, mais sans le savoir :


Euh, vous avez vu la lune ?

Si vous cliquez sur l'image ci-dessus, vous verrez qu'en bas à droite, il y a marqué "Si vous voulez lire la suite, réclamez à votre libraire Seaguy Slaves of the Mickey Eye". Evidemment, vendre Seaguy au même rayon que Star Wars ou Batman rend très risqué son succès, qui a été ultra-limite. A ce titre, Seaguy a bien connu une suite, mais pas une fin, Eternal Seaguy est encore attendu dans les rayons.

Seaguy a en lui une poésie étrange, mêlant le dégoûtant - il y a pas mal de passage avec des technologies organiques à la Cronenberg - avec de très beau paysages.


Le passage Carmen

Tout comme dans Zenith, Morrison inclut pas mal d'éléments de style Lovecraftien, notamment des momies, ou un voyage sur la lune - mais tant qu'à faire, les deux en même temps :


Au moins, c'est du jamais vu

D'une façon générale, les dessins à l'intérieur sont d'excellente qualité et ont un puissant pouvoir évocateur. Pas mal de critiques très enthousiastes pour des productions plus traditionnelles comme Spiderman se sont enflammés en parlant d'art, mais il y a un effort créatif et novateur exceptionnel dans l'ensemble de ce qu'est Seaguy :


La mort vient vous chercher sur la mer de chocolat

Souvent, on ne sait pas vraiment si nous sommes dans une parodie et quel est le degré de lecture. Cependant, il y a continuement une sincérité et un ton assumé le long des cases, ainsi qu'une absence glacée d'humour qui font que le monde a une cohérence forte.

Une pyramide géante, mais ronde, voyez

Seaguy vous emmènera autour du monde et sur la lune, mais reviendra fatalement au parc d'attraction Orwellien, nexus de l'histoire, mais surtout métaphore de l'industrie du comic book US, du travestissement des super héros, de la nécessité du bonheur, et de sa valeur marchande.


Vous ne verrez plus Les pirates des Caraïbes(tm)
de la même façon

Bonne lecture !

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