jeudi 26 juillet 2012

Des étoiles entre Rome et Paris

La vie apparaît par accident et s’accroche, tente de prospérer. Mais elle n’est rien face aux forces massives de l’univers. Depuis toujours les galaxies s’éloignent les unes des autres, et les étoiles consument leur propre substance. Viendra un jour où la dernière s’éteindra, ce jour fatal de la mort thermique, et disparaîtra jusqu’au dernier souvenir de la dernière civilisation.
Tout est ultimement vain.



En Septembre dernier, j'ai eu l'honneur d'être sollicité par Fanette Mellier pour que je lui écrive un texte - un livre dont vous êtes le héros - qu'elle façonnerait de son expérience et de son talent pour créer un objet littéraire "unique" (dans le sens "jamais vu auparavant") dans le cadre de son année de pensionnaire à la Villa Médicis.

Je vous laisse prendre connaissance de qui est Fanette Mellier si vous l'ignorez, mais disons que lorsque Wired m'envoie distraitement un mail (par intermédiaires interposés), c'est pour me commander de modestes articles, et quand il la contacte, c'est pour lui donner carte blanche sur le magazine.

Dans ses faits d'armes, comptons la réalisation de deux ouvrages, tous deux primés au concours des plus beaux livres français : Dans la Zone d'Activité d'Eric Chevillard, et Bastard Battle de Céline Minard, deux écrivains bardés de prix (et pour Céline Minard, également résidente Médicis).

Ce contexte permettant de situer le niveau de pression que j'avais par rapport à ce projet, même si la fiction interactive reste un de mes domaines d'élection.

Travailler avec Fanette est stimulant et formateur. Elle a une idée très précise de ce dont elle a besoin pour hisser le projet au plus haut, et exprime clairement sa pensée quand les choses ne vont pas. Après quelques errements, il a donc été convenu que je lui livre :

- un livre dont vous êtes le héros respectant dans la forme le style des défis fantastiques des années 80 (introduction, feuille d'aventure, renvois de paragraphes, fin au dernier paragraphe...)

- que le livre traite du "cosmos", le cosmos étant le thème de l'année à la Villa Médicis.

Ainsi furent plantées les graines de ce qui allait devenir, au mois de Juin dernier, Le Chant des Oubliés.

Dans le cadre de nos échanges durant l'écriture de ce Livre Dont Vous Êtes le Héros, nous avons convenu que nous devions "voir la galaxie et le cosmos" mais aussi respecter la réalité scientifique au plus près dans la mesure du possible, ce que je me suis efforcé de faire.

J'ai avalé pour ce faire de nombreuses pages Wikipédia et j'ai demandé conseil à de nombreux astronomes amateurs et professionnels afin de savoir quelles "belles choses" nous pouvions voir dans la galaxie. J'ai aussi pris le temps de voir encore et encore des simulations diverses de type "que se passe-t-il visuellement si nous allons à la vitesse de la lumière" ou encore "que se passe-t-il si on plonge dans un trou noir ?"

Du coup j'ai essayé d'imaginer au mieux ce qu'est l'univers, pour pouvoir le retranscrire dans des mots simples (les livres dont vous êtes le héros sont assez arides) et poétiques.



C'est là qu'on se rend compte que le vocabulaire de l'homme a été façonné par sa vie terrestre, et qu'il manque des adjectifs ou même des mots pour décrire des objets célestes simples dans leur réalité. Comment donner une bonne idée de Bételgeuse, par exemple, sachant que si la terre était une petite perle, cette étoile serait grande comme Paris ? "Grand", "Immense", "Titanesque", "Cyclopéen"...sont de bien piètres qualificatifs...

Vous contemplez le chant lumineux des étoiles.

L'univers est magnifique...imaginer des singularités nues fleurissant dans le vide spatial, des anneaux d'une lune imaginaire ondoyer sous l'impulsion du ressac gravitationnel d'une étoile proche, ou encore l'immense moyeu de notre galaxie, un trou noir hors de conception de l'esprit humain qui déchire l'espace et le temps sont des challenges intellectuels qui viennent longtemps ensuite vous habiter.

Aucune vie n’est possible ici dans ce haut-fourneau stellaire où les forces gravitationnelles suprêmes et les rayonnements mortels des étoiles géantes se déchirent toute matière comme des fauves déchaînés.

Mais l'univers est éminemment hostile...plus j'écrivais et plus je m'apercevais que la vie est un accident, et qu'un jour, les étoiles s'éteindront pour toujours. Cette idée, l'idée qu'il y ait une fin définitive en dépit de tout effort des civilisations qui seront amenées à émerger dans l'univers, l'idée que tout est vain au final et que le monde baignera dans un néant éternel, n'est pas seulement une idée : c'est une réalité physique fatale qui m'a pénétré au fil de l'écriture. Je peux vous dire que j'en suis sorti sonné et que dans mon esprit cela reste un terrain dangereux de méditation.


L’univers est du vide perturbé. 
Que ce soit à l’échelle des étoiles ou à celle des atomes, le tangible est l’anomalie, l’accident, la chose rare ; en moyenne l’univers contient un atome par mètre cube, et lesdits atomes dans un morceau de matière compacte sont éloignés les uns des autres sur des distances relatives à leur propre taille comparables aux distances séparant les étoiles.
En harmonie avec cet univers qui vous appelait en vos soirs d’enfance, vous appréciez cette solitude ; et c’est pour cela que vous avez accepté cette vie...et cette mission.

Cette contrainte de "réalisme" (relatif, car nous sommes dans un space opéra galactique) m'a permis de développer une mini "Encyclopédie des Etoiles", c'est à dire qu'au fil de votre exploration imaginaire de l'univers, vous pouvez vous reporter à une autre section du livre qui vous explique plus en détail la caractéristique scientifique de vos découvertes.



La solitude couvre l'ensemble du récit interactif à dessein : l'univers est essentiellement du vide...

A chaque fois que j'écris un livre dont vous êtes le héros, j'essaie d'apporter une innovation technique jamais exploitée à ma connaissance.

Voici quelques aspects techniques particuliers à l'aventure imaginée :

- pas de score d'habileté, mais un seul compteur "d'énergie". D'allant, un livre assez peu tourné vers l'aléatoire que vous pouvez maîtriser par des choix judicieux.

- un monde semi-ouvert, où vous pouvez aller d'une étoile à l'autre à tout moment (si vous êtes dans votre vaisseau...) si vous en avez les coordonnées...

- et surtout, une notion fluctuante de la vérité. L'histoire comporte plusieurs twists scénaristiques, mais peut être interrompue régulièrement pour aboutir à une fin acceptable. Selon la profondeur de votre exploration du scénario, vous serez amené à des conclusions complètement opposées, ce qui permet d'ajouter une rejouabilité intéressante.

- une difficulté intellectuelle croissante. Aboutir au dernier paragraphe qui est la fin "idéale" nécessitera une bonne implication mentale pour déjouer la mécanique des paragraphes...

Le texte a été livré en Juin dernier. Fanette a l'ambition, et je suis très intéressé par le sujet, de produire un véritable OVNI, loin des maquettes standardisées des Gallimard 1980.

Le livre ne sera toutefois finalisé qu'en courant 2013. D'ici là, j'espère faire à nouveau un post de blog dans lequel je vous présenterai des premiers visuels (et j'espère manger quelques glaces à Rome !) et enfin un dernier post pour vous présenter la réalisation finale.

Je serais vraiment heureux de vous compter parmi mes lecteurs.

4 commentaires:

  1. Ça sera avec plaisir, ce projet a l'air palpitant!

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  2. "Tout est ultimement vain":
    Je suis 100% d'accord et d'ailleurs, "c'est bien plus beau lorsque c'est inutile", comme le disait Cyrano de Bergerac sous la plume d'Edmond Rostand.

    "Je peux vous dire que j'en suis sorti sonné et que dans mon esprit cela reste un terrain dangereux de méditation":
    J'ai hate de voir comment cela se traduit dans le livre, puisque cela t'a "pénétré au fil de l'écriture". Quels cheminements de pensée tu as eu, et donc quelles sont mes voies que tu proposes au lecteur d'emprunter.

    -tholdur de RV1-

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  3. Ton passage sur le vertige cosmique et le néant auquel est voué l'univers me parle tellement qu'il me donne presque des frissons. À mon sens il n'y aura jamais assez d'œuvres pour parler de ces sujets, et ramener l'Homme à sa véritable échelle.
    Ma curiosité est donc piquée vivement, bien au-delà de ma nostalgie pour les LDVELH, et les détails techniques ne font qu'accroître mon impatience.

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  4. J'ai hâte de lire ton livre. Les glaces romaines apaiseront - par la multiplicité des combinaisons de parfums possibles - ou amplifieront ta conscience aiguë du vide présent et celui à venir : elles fondent si vite, sous le soleil de l'Italie et sous notre appétit de Terriens. Ciao ! KConti.

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Merci de lire mon blog